Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

ÇA ROULE POUR VOUS

04/02/2014

Petit précis de langue de bois...

On essaie d'éclaircir ?

 

Depuis des jours aucune station-service de Guyane n'est plus ravitaillée en carburant. Depuis décembre un différend oppose la filière pétrolière Outre-mer et le ministre Lurel.

Vous en avez entendu parler ? oui ? non ?!...

Imaginez dans l'hexagone quatre collectivités régionales bloquées (plus d'essence, plus de services publics, déjà qu'il n'y en a pas beaucoup !), un cinquième de la superficie du pays... Qu'imaginez-vous qu'il ferait, le Valls ? Qu'imaginez-vous qu'il ferait, le Montebourg ? Vous les verriez rappliquer vite fait entourés de centaines de journalistes. Ici... c'est un peu loin, peut-être ? Heureusement il nous reste nos pirogues et nos pagaies, et puis le Suriname où de gentils piroguiers vont remplir nos bidons d'essence à un euro le litre...

 

1-copie-2.jpgPar voie de presse hier lundi, le Groupement des gérants de station-service de Guyane a indiqué à toute la population, aux organisations syndicales, à l?ensemble des socio-professionnels et aux politiques « ne s?être jamais déclaré en grève suite à l?annonce faite le mardi 28 janvier 2014 par voie médiatique, même si [ils ont] toujours été solidaire[s] de [leurs] collègues », et explique que « depuis cette annonce, les stations services de Guyane n'ont pu être approvisionnées que le mercredi 29 janvier 2014. Depuis jeudi 30 janvier jusqu'à ce jour, les pétroliers n'honorent plus les commandes passées par les Gérants ce qui a pour conséquence l'assèchement des cuves de Station Service ».

Que voilà un bel exemple de langue de bois ! Depuis des années les gérants ont emboîté le pas aux pétroliers de peur que l'on touche à leurs marges et ont l'habitude de prendre la population en otage de la même façon que font les chauffeurs de poids-lourds en bloquant les routes pour sauvegarder les intérêts de leurs patrons, de peur de se trouver battre la semelle à Pôle-emploi. Il semblerait que Lurel ait pour cette fois pas trop mal louvoyé en garantissant les marges des gérants et en s'attaquant à celles des compagnies uniquement.

 

Il faut savoir que nous payons en Guyane le sans-plomb aux environs de 1,77 € selon que les prix baissent d'un à deux centimes pour grimper le mois suivant de deux ou trois...

 

Après plusieurs jours de mutisme, Sylvie Désert, responsable du groupement des gérants de stations-service de Guyane, a accepté de s'expliquer notamment sur un « cafouillage » (sic) : la contradiction entre l'annonce faite à Paris mardi 28 janvier par le président de l'intersyndicale des gérants de stations services d'outre-mer, d'une fermeture des stations mercredi 29 à minuit (elles ont pourtant bel et bien fermé ! NdTémoin) dans les DOM, et ce qui a pu ressembler à un « revirement » des gérants de Guyane par la suite. Par ailleurs, Sylvie Désert nous confirme que les gérants guyanais sont sortis « satisfaits de la réunion de samedi en préfecture. Nous considérons avoir eu gain de cause sur tout » affirme-t-elle.

 

Wè. N'empêche qu'actuellement les stations restent fermées, faute d'approvisionnement.

 

Selon le journaliste Frédéric Farine, le principal motif de satisfaction pour Sylvie Désert et les gérants, c'est que la « réforme Lurel » stipulerait désormais que les stations doivent être gérées par des locations-gérances et non pas par de la gestion directe des propriétaires (les propriétaires des stations étant les distributeurs, ndlr). Et Mme Désert de poursuivre : « C'est donc la garantie que notre métier va continuer et que nous maintenons les emplois. les points bloquants ne sont plus chez nous. Il reste des désaccords entre les pétroliers et le gouvernement. Ce n'est plus notre problème ». Elle a raison, ce n'est plus son problème. Cool, cool (NdTémoin). Ça reste le nôtre. Elle et nous, faisons-nous partie de la même espèce ?

 

Mais qu'est-ce qui cloche, alors ?!...

3.jpgTotal, Rubis et Sol sont les trois distributeurs de carburant en Guyane. Total et Rubis sont aussi les deux principaux actionnaires de la Sara. La Sara raffine (et stocke) en Martinique. En Guyane et en Guadeloupe, la Sara stocke simplement le carburant. En Guyane, la Sara n'a pas ses grands pontes mais un simple chef de dépôt.

 

Selon Xavier Luquet, directeur de cabinet du préfet, des réunions ont lieu entre l?État, les gérants et la Sara en Martinique et une réunion avec les pétroliers était programmée lundi après-midi à Paris. Vers 13 heures, lundi, M. Luquet confirmait que la situation de blocage entre pétroliers et gouvernement n'était pas encore dénouée.

Il semblerait qu'une revendication des distributeurs achoppe encore : « Nous demandons que, dans les arrêtés de méthode (explicitant la réforme Lurel) les marges soient indexées sur l'inflation annuelle (eh bé, oui, on peut geler les salaires, les retraites, mais sûrement pas les marges des pétroliers ! NdTémoin) ».

Or, déplore le dirigeant guyanais de Sol : « Monsieur Lurel qui a accepté cette revendication des détaillants, la refuse quand il s'agit des distributeurs (Pleurez, mes yeux ! Ndtémoin) ».

 

La Sara n'assurerait plus la gestion des stocks stratégiques à partir de mai.

L'autre point qui coince serait la question des « stocks stratégiques ». Il s'agit de stocks de carburant de prévention, constitués notamment pour faire face à une éventuelle pénurie.

Depuis 2010, la mission des stocks stratégiques est assurée par la Sara. Elle était auparavant assurée par les distributeurs. Le ministère des outre-mer [aurait] estimé que la Sara faisait payer trop cher pour cette mission et [aurait] souhaité la re-transférer aux distributeurs. Depuis, la Sara [aurait] envoyé un courrier aux acteurs du dossier indiquant qu'« elle n'assurerait plus la mission des stocks stratégiques à partir de mai 2014 ».

En vertu des textes, il revient aux distributeurs d'assurer cette mission. « On ne va pas se défiler car c'est une obligation mais nous souhaitons que le coût de cette mission figure sur la structure du prix des carburants à la pompe et non dans le calcul des marges des distributeurs. Nous avons besoin de voir clarifiée cette question », poursuit le dirigeant de Sol en Guyane.

 

« Certains pétroliers ne fournissent plus les socio-professionnels » (cabinet du préfet)

Pour l'anecdote, il faut savoir que quelques grandes sociétés (notamment de BTP et de transport) ont leur propres cuves en Guyane qui leur procurent une autonomie supérieure à celle des simples usagers.

« Les réseaux sociaux font part de possibles mouvements de blocage. Or, les gens s'insurgent justement contre le blocage de l'approvisionnement en carburant (ouiii... faut-il s'en étonner ? NdTémoin) » note Xavier Luquet (Dir.Cab. du Préfet) comme s'il considérait la méthode quelque peu contradictoire. Et de poursuivre : « sont prévues également des marches ayant pour points de départ certaines stations-service. Or, même s'il il y a eu un moment de flottement entre la réunion à Paris (mardi 28 janvier au ministère des outre-mer) et l'assemblée générale des gérants en Guyane (jeudi 30), les stations n'étant pas fermées (Ah bon ? NdTémoin), les pétroliers ont dû clarifier leur position. La Guyane est un cas original dans ce conflit qui touche les Dom ».

 

Dites, sans déconner, vous ne trouvez pas ça un peu fumeux ?

 

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04/02/2014
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