Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

Brésil : LETTRE DU GRAND CONSEIL DE ATY GUASU AUX AUTORITÉS BRÉSILIENNES

01/03/2016

 

Nous sommes prêts à mourir... Pas un pas en arrière !

Source : Aty Guasu

 

 

576.jpgIl y a environ trois ans, les familles de Pyellito Kue ont écrit une lettre et ils ont dit au monde qu'ils étaient prêts mettre leur propre vie en jeu pour maintenir vivante la lutte pour leur tekoha traditionnel.

Aujourd'hui, nous sommes des guerriers et guerrières du peuple guarani et kaiowá, guidés par nos chefs traditionnels et menés par le son de notre mbaraka, qui venons de rencontrer les familles résistantes de Pyellito. Avec elles, les 20 et 21 février derniers, nous avons tenu une réunion de notre grand conseil de Aty Guasu.

 

Comme ceux de Pyellito, nous, représentants de toutes les autres tekoha du Mato Grosso do Sul, nous persistons à affirmer que nous sommes prêts à mourir dans la lutte pour la libération de tous nos territoires ancestraux et que, tant que le gouvernement ne démarquera pas nos terres, nous n'allons pas arrêter nos actions ni même marquer une pause.

Il est inadmissible de voir et de sentir que le peuple de Pyellito vit renfermé sur 100 hectares, tandis que son territoire, tel que déjà démarqué et publié dans les journaux officiels possède plus de 41.000 hectares. Alors que notre peuple vit confiné, l'exploitation de l'agro-Industrie anéantit, tue la terre et pollue les rivières, nos foyers sacrés.
575.jpgNous avons médité et avons réfléchi à la situation de nos terres, car nous vivons tous dans la même situation que Pyellito Kue. Aujourd'hui, le sort de certaines de nos terres est entre les mains de la présidence de la République, qui ne veut pas signer l’application de démarcation. D'autres terres sont entre les mains du ministre de la justice qui n’agit pas. Pendant ce temps, tant de la présidence que du Ministère de la justice vient une interdiction pour la Funai de publier les rapports d'identification et de délimitation de plus de 50 territoires de notre peuple, qui reste bloqué dans des camps, des gens meurent au bord des routes ou aux abords des fermes. Tout ça parce que le gouvernement a embrassé l'agro-Industrie et a décidé de tenir les marquages en favorisant les ruralistas et forçant le passage de la PEC215.

Au-delà de l'exploitation des fermiers, nous vivons dans le MS (Mato Grosso do Sul) un véritable génocide. Vieux, enfants, femmes, tous sont dans les viseurs des tueurs qui attaquent au grand jour. Il est regrettable que face à cette réalité de désespoir, le président de la Funai, Monsieur Jean-Pierre Gonçalves, donne des interviews pour réseaux publics de communication et sur internet en affirmant qu'il n'y a pas de génocide et que notre peuple n'est pas en train de mourir. Cela nous remplit de douleur parce qu'il s'agit d'une dérive et d'un profond mépris pour tous nos combattants et combattantes qui ont donné courageusement leurs vies pour notre avenir et pour celui de nos enfants.

Jean-Pierre [Gonçalves], au contraire, ne montre aucun courage, reste immobile et silencieux face au plus grand et au pire arrêt dont la Funai a été l'objet dans les dernières décennies. Nous avons appris, sans pouvoir le croire que, pour réduire les paiements et avec certitude pour maintenir le bénéfice de l'agro-Industrie, Dilma et le ministre de la justice, José Cardozo, ont ordonné à la funai de payer la totalité du manque à gagner.

540.jpgIls veulent couper 40% des subventions déjà misérables de la Funai et se débarrasser de 130 assistants… Avec ça, ils ont viré les anthropologues et toutes les personnes qui jouaient un rôle essentiel auprès de notre tekoha. De cette façon, au-delà du génocide par balle cette mesure nous condamne à subir un génocide institutionnel en abandonnant notre peuple ; à côté de lui ne se trouve plus qu’un organe de soutien sans structure pour faire face à nos conditions de vie inhumaines. Nous, dirigeants guarani et kaiowa, nous avons décidé que nous nous battrons avec toute notre force contre cette démolition criminelle.

Le gouvernement devrait honorer la Constitution fédérale de 1988, les conventions internationales et son engagement en faveur de notre peuple en renforçant la Funai, plutôt que d'en finir avec cet organe et jeter une pelle de chaux sur des centaines de tombes dans tout le Brésil. Si ces coupes se produisent, nous devrons prendre Brasilia et inverser cette situation à la lutte armée.

Comme si ça ne suffisait pas, les attaques dont la Funai souffre de tout l'exécutif, Jean-Pierre Gonçalves a admis les [décisions] de Monsieur Valter Coutinho. Nous savons que Coutinho continue d'affirmer qu'« il n'y a pas de terres traditionnelles des Guarani », que « le travail sur les terres dans le MS doit s’arrêter et être révisé » et que « pour les Kaiowá et Guarani doivent être créés des réserves ou des modules de 500 à 2000 hectares », au mépris de nos droits traditionnels et constitutionnels. Avec ça, il transforme en solution ce qui pour nous a toujours été à l'origine de notre malheur. Dans une politique claire et mortifère, Coutinho présente comme solution les réserves, qui sont les racines de nos problèmes historiques et sociaux. Les positions de Coutinho ne nous étonnent guère. Notre peuple a bonne mémoire et nous le connaissons bien. Dans les années 90, il a été responsable de la démarcation de petites terres qui aujourd'hui souffrent du manque d'espace et aussi est intervenu directement contre d'autres processus de délimitation des peuples guarani, comme dans le cas de nos parents Mbya de la terre de la Colline des chevaux, à Santa Catarina.

Avec Coutinho ne pouvons ni ne voulons négocier. Nous exigeons le retrait immédiat de ce projet. Nous exigeons également que la Funai et le gouvernement respectent la démarcation de nos terres traditionnelles, tout en conservant les études et en revenant immédiatement à assurer la régularisation foncière de tous nos tekoha. Nous exigeons aussi la publication immédiate du Dourados-Amambai Peguá 1 et de Terra Indígena de YpoíTriunfo car nous savons que ces études sont déjà bouclées et que ce qui empêche la poursuite de la démarcation sont des blocages politiques.

504.jpgNous dénonçons également la Sesai (Secretaria Especial de Saúde Indigena, dépend du ministère de la santé) qui continue à mentir sur notre peuple et ses représentants, disant qu'ils ne peuvent pas mettre en œuvre des mesures de santé et d'assainissement dans les zones de conflit foncier. À cause de cela, deux enfants sont morts en Kurusu Amba ces derniers temps. Cela se produit également dans l'éducation, où des centaines d'enfants sont sans école parce que l'état du MS et les municipalités utilisent la même excuse. Les deux organes sont dans l’illégalité par rapport à la santé et l'éducation pour tous, pour des raisons humanitaires, quelle que soit la situation de la terre.

529.jpgEn ce qui concerne les ruralistas (grands « propriétaires » terriens) du Congrès national, certains juges, certains ministres et des parlementaires liés à l'agro-Industrie du MS agissent comme des ennemis déclarés des peuples autochtones, en ayant en projet de changer la constitution et d’en finir avec notre droit par le biais de CPI, PEC etc. Mais ne triompheront pas, parce que depuis nos vieillards jusqu'à nos enfants nouveaux-nés, tous résisteront jusqu'à la libération définitive de l'ensemble de nos territoires, de notre vie et de notre culture ancestrale. Pas un pas en arrière.

 

Grand conseil Aty Guasu du peuple guarani et kaiowa

Pyellito Kue, 21 février 2016

 

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02/03/2016
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