Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

COMMÉMORER LES ABOLITIONS

07/05/2013

Vendredi 10 mai 2013 à 18h. à L'Encre, à Cayenne
Avec le Club Unesco Guyane

 

Divers témoignages, vidéo ou iconographiques seront présentés :

- un document sur la vente d'esclaves aux Antilles ;
- un point sur les recherches relatives à l'installation et aux caractéristiques des habitations en Guyane .
- extrait d'une comédie musicale sur la vente d'esclaves en Guyane ;
- M. Télémaque viendra de Haïti pour évoquer avec nous les problèmes rencontrés par son pays (sous réserve) ;
- Présentation par des acteurs de Mama Bobi de la collection Mawina Tembe regroupant plus d'une centaine d'oeuvres de Ferfi Tembe (Tembe peint) d'artistes contemporains et exposé du Maître Lamoraille autour de quelques-unes de ses réalisations.

 

Nouveau 0255

 

 

 

 

 

 

 

Pour vous faire une idée de l'origine et de la fonction du Tembe peint vous pouvez consulter sur ce blog les documents suivants :

 

FERFI TEMBE (le Tembe-peint)  Un art contemporain pour l'émancipation

TEMBE : REPÈRES ESSENTIELS  Des premiers temps (fosi ten) à nos jours

RÉVOLTE ET BEAUTÉ Genèse d'une œuvre

MAWINA TEMBE La collection,

mais aussi...

LE TEMBE AU FÉMININ C'est aussi du Tembe !

Et pour mieux appréhender ces peintres de Tembe, ces ferfi tembeman, laissez-vous aller à les rencontrer en cliquant sur :

LES TEMBEMAN DE LA COLLECTION MAMA BOBI (1)

LES TEMBEMAN DE LA COLLECTION MAMA BOBI (2)

LES TEMBEMAN DE LA COLLECTION MAMA BOBI (3)

LES TEMBEMAN DE LA COLLECTION MAMA BOBI (4)

 

La collection Mawina Tembe de Mama Bobi est consultable en intégralité sur ce blog :

FERFI TEMBE présentation de Tembe peints contemporains

 

Il y a tout juste 60 ans, commémorer les Abolitions navait pas encore le sens qu'on lui donne aujourdhui et aucun Crime contre l'Humanité pour la traite Atlantique et l'esclavage n'avait encore été dénoncé.

En 1953, l'Unesco publiait un ouvrage magistral de Michel Lieris « Les Nègres dAfrique et les Arts sculpturaux ». Dans cet ouvrage, une phrase parvient jusquà nous comme un héritage du regard : « le sculpteur africain ne crée pas une forme, il enlève ce qui la cachait ». À cette époque il n'y a guère qu'au Rijks Muséum à Amsterdam et au Musée des Arts d'outre-mer à la Porte Dorée à Paris où les Nègres Marrons des Guyanes, en tant que sculpteurs, révélateurs de choses cachées, comme leurs pairs Africains, sont exposés à travers quelques œuvres, d'ailleurs remarquables et souvent reproduites. On s'accordait alors à présenter cela comme un Art Primitif voire un Artisanat Populaire et ces pagaies, ces petits bancs et tout un ensemble d'objets de la vie quotidienne, calebasses, plats à vanner le riz, planches à laver ou à grager le manioc, ne révélaient guère que des motifs géométriques, des symboles et des signes encore peu interprétés. En effet, à l'époque personne encore ne s'est attaché à une lecture critique de ces objets et à la signification de ces motifs. Et d'ailleurs, en ont-ils ?

C?est en 1954 que la Fondation Prince Bernard des Pays-Bas finance un petit livre dû à un amateur éclairé, pas un ethnologue, pas un anthropologue, mais un collectionneur, Monsieur Munstlag. Qui ne mettra jamais les pieds au Surinam, c'est vrai. Munstlag va interroger des mois durant la diaspora Surinamaise aux Pays-Bas en ces années-là. Il est le premier à donner, à notre connaissance, une possible lecture des motifs des objets déposés ici et là dans les Musées et chez les particuliers très nombreux. Il compose donc une grille d'interprétation assez basique mais ici appuyée de proverbes, de sentences comme pour souligner les modes de transmissions. Une façon d'ailleurs très africaine de procéder. Ce qui n'échappe pas à la même époque à l'ingénieur géographe Jean Hurault qui, dans son célèbre ouvrage « Africains de Guyane », parvient à un travail très similaire. Il y décline ce qu'il a observé chez les Aluku du Haut-Maroni, et là encore, exemples à l'appui, il découvre le sens à peine dissimulé des compositions et des figures de ce que tout le monde appelle donc le Tembe.

 

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Koti Tembe : c'est le Tembe sculpté mais qui se reconnaît aussi dans les travaux d'aiguille, mais encore dans la coiffure et diverses ornementations ici et là. Chaque trait, chaque forme selon Hurault renvoie à un code. Et ici, tel Leroi-Gourhan à Lascaux, il décèle dans chaque flèche, chaque trait, un phallus et dans chaque ovale, un vagin. Et ce jusqu'à l'obsession. L'Art sculpté des Marrons de Guyane est en grande partie une célébration du vivant. Un paradigme de la liberté recouvrée, débarrassée de croyances métaphysiques inutiles. Et en cela, ni Munstlag, ni Hurault n'en rajoutent. Et à leur suite il semble bien que la sculpture des Nègres Marrons de Guyane ait été catégorisée comme l'expression joyeuse de la Liberté. Ni rancœur, ni rancunes. Keti be koti : les chaines ici sont brisées.

C'est en ce temps, dans les années 1960, que les premiers objets peints, le Ferfi Tembe, semble apparaître et surgir peu à peu sous le regard étonné des visiteurs de la vallée du Maroni. En Guyane c'est à la suite de l'incontournable Préfet Vignon, accompagné souvent des grands de ce monde, que les premiers Tembe Peints partent à la conquête du regard universel. De nombreux objets coloriés s'échangent, s'offrent et se ramènent comme des souvenirs de l'artisanat local.

Et de fait, les objets du Maroni s'imposent comme une nouvelle expression encore jamais décrite. Non-plus des traces de Roucou ou de Pemba ou encore de noir de marmite avec tous les dégradés sur les objets, mais de belles couleurs acryliques avec des contrastes juxtaposés. Des pagaies, mais aussi des avancées de pirogue, des frontons de cases, des portes, de grands motifs quasi-architecturaux. Immédiatement reconnaissables. Ici transposés par la forme et la couleur, revoici les signes et symboles du Koti Tembe (Tembe scultpté) : les kenki futu, les bosi, les sitali, les tyerbi lobi, mutyo olo, tongo nanga tifi et autres tyobo uma ; un Kama-Sutra Guyanais ?

Assez loin tout de même de la minutie d'un Hurault dans les explications, les peintres modernes néanmoins, ici disent et désignent la complémentarité des contraires, la juxtaposition des opposés, et oui, voici l'homme, et oui, voici la femme et là, ce qui les distingue, et là ce qui les unit. Et il n'en faut pas davantage pour y voir donc confirmée cette libre expression coquine, libertine, du quotidien sur le Maroni. Et jusqu'à présent, reconnaissons-le, le Tembe Peint ne semble pas vouloir démentir cette interprétation érotique. Même si la géométrie et la symbolique mieux connue désormais du Marronnage, -grâce au bel ouvrage de Libi na wan entre autres-, laissent une liberté infinie à tous les discours. Mais il est vrai qu'à cause de cela, pendant longtemps, le Tembe Peint n'était pas divulgué aux enfants. Cela a évidemment beaucoup changé puisque le Tembe est maintenant pratiqué parfois dès l'Ecole Primaire. Autre temps, autres mœurs.

Ensuite les choses sont allées de soi si l'on peut dire. Cette interprétation élémentaire, séduisant de toute façon les visiteurs de passage, le Tembe Peint, appelé parfois Artisanat Bosch ou Art Primitif du Maroni, va aisément trouver sa place à côté des tableaux de papillons et des miniatures de la fusée Ariane.

 

034 Lamoraille Antoine, 1998 - Na dede poli sani La mort seDans ses textes « Guyane Terre de l'Espace » et « Bivouac en Guyane », Bernard Quris signale ce visuel de l'Ouest Guyanais genre « frises à la Grecque » et dans son classique « Des Îles du salut aux Tumuc Humac » le commandant Ricate s'émerveille devant cet artisanat « Ripoliné » comme on le signale à l'époque. Reconnaissant de fait l'apport des militaires et leurs pots de peinture, non-seulement dans l'évolution de cet art mais aussi dans sa divulgation. Grâce à eux en effet on connaît le Tembe un peu partout, de Mayotte à l'Île des Pins mais aussi dans de nombreux mess d'officiers et sous-officiers d'outre-mer. Ce qui est une très belle preuve d'interculturalité pour l'époque. Ce n'est que dans les années 1970 que Pierre Servin dit « Charlot », infatigable révélateur du Tembe Peint commentant les seules références alors disponibles en français c'est-à-dire Munstlag et Hurault, propose de nouvelles approches pour ce qu?il considère comme l'expression contemporaine d'un héritage Guyanais encore méconnu. Initié en diverses obédiences philosophiques, Pierre Servin enseigne aussi au sein de l'Université Populaire Guyanaise et entretien volontiers le mythe d'une symbolique plus mystérieuse qu'un simple accouplement exotique.

Il y voit comme bon nombre de plasticiens une authentique philosophico-esthétique. Dès lors, une espèce de polémique s'installe à propos du Tembe Peint de Paramaribo à Cayenne, car de plus en plus d'objets circulent et de grandes compositions complexes sont visibles ci et là dans les bureaux officiels des ministères ou salons VIP de Zenderey à Torarica. Des Ecoles de styles se révèlent : les œuvres de Da Panday sur le Tapanahony, celles de Da Ingisi Moni, celles de Da Ceder, de Dikan, de Lamoraille pour ne citer que les plus connus et leurs actuels disciples, les Dimpay, Amete, Petrus, Adiejontoe, Dinguiou, Pinas, Doc Miranda, Carlos Adengue et des dizaines d'autres ?

 

En quelques trois décennies le Ferfi Tembe, le Tembe Peint, s'exprime librement et presque partout et se trouve très vite exposé lors de grandes manifestations significatives telles que Carifesta dans la Caraibe, puis en Europe, aux USA et dans le monde entier. Evidemment la polémique quant aux interprétations de la symbolique à pris du corps et les interrogations se font plus précises, plus profondes. Déjà il ne s'agit plus d?artisanat, car en dehors des petits objets ou des artefacts, genre souvenir typique, il s'agit désormais d'ART. Un Art ethnique ? Un Art Africain recomposé ? Un art Populaire Contemporain ? On en discute, on en dispute. Controverses et galéjades sont toujours d'actualité.

De fait, les Tembeman adorent cette polémique et la plupart ici en rajoutent volontiers. Mais enfin, ils parlent d'eux-mêmes, de leur Art, de leur Vie. Les œuvres ont un titre et sont signées. Il ne s'agit donc plus d'artisanat tribal et anonyme, mais d?un Art, contemporain et populaire. Naturellement certains anthropologues, sociologues et autres bavards de l'Afro-amérique réfutent, contestent et minorent. Et il faut reconnaître que les seuls et importants ouvrages connus en français sur le Tembe et sur ce que d'aucuns appellent les « Arts Marrons », sont ceux de l'incontournable couple Price, Richard et Sally qui nulle part, d'ailleurs, ne signalent l?existence du Tembe Peint. Ni les artistes d'aujourd'hui.

 

LamorailleLa collection Mama Bobi est l'œuvre du Maître Antoine Lamoraille et de Gérard Guillemot. « En quelques 35 ans, disent-ils, nous avons vu passer plus d'un millier de Tembe peints, sous nos yeux. Notre regard en a sélectionné environ 400 et nous en avons choisi une centaine que nous présentons de par le monde dans une optique muséale ». Mama Bobi encourage les artistes, Ferfi Tembeman contemporains dans les quartiers, kanpu et villages à poursuivre cet élan de création. En ce sens Mama Bobi cherche sans doute à assumer pleinement cet héritage des sculpteurs Nègres venus de l'autre côté de l'eau salée, héritage transmis à leur descendants et ici sublimé par le Marronnage : « le Beau comme le Vrai exigent la Liberté ».

D'où l'importance du regard sur la chose regardée.

Gé.

 



07/05/2013
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