Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

CONFÉRENCE INERNATIONALE CONTRE LE SIDA

01/08/14

 

Les peuples autochtones du monde entier affirment qu'ils ont été ignorés dans le combat contre le VIH

 

 

124.jpgDes peuples autochtones de différentes parties du monde ont participé à la 20ème Conférence Internationale sur le Sida, qui s'est tenue cette semaine à Melbourne. Dans une conférence qui est marquée par le constat que l'épidémie ne sera pas enrayée s'il n'y a pas de politique spécifique pour les groupes les plus atteints, les autochtones se plaignent de leur invisibilité et demandent à être inclus en priorité dans la politique mondiale contre cette maladie.
Le fait que l'événement se soit tenu en Australie est une opportunité pour certains groupes, puisque les autochtones Australiens ont un niveau relativement élevé de reconnaissance. La preuve en est que la conférence a débuté, comme il est de coutume dans n’importe quel événement officiel dans le pays, par une reconnaissance aux « propriétaires originaires » de la terre de Melbourne, la nation Kulin, et un discours de bienvenue prononcé par un leader aborigène. Cependant, au cours de la cérémonie, les autochtones n'ont pas été mentionnés dans les différents discours en tant que groupes vulnérables. James Wards [1] a attiré l'attention sur le fait que les autochtones sont en général affectés disproportionnellement par les problèmes de santé et le VIH en particulier, fréquemment diagnostiqué tardivement. « Nous sommes les cultures les plus vieilles de la planète et l'épidémie a le potentiel de nous décimer » a-t-il alerté. Comme exemple, il a indiqué que les autochtones du Canada et d’Australie sont six fois plus atteints que le non autochtones. Malgré cela, et bien qu'ils représentent 4,4 % de la population mondiale, James Wards a affirmé que les autochtones sont pratiquement ignorés dans les recherches ainsi que dans la politique publique. « Nous voulons que la Déclaration Politique des Nations Unies, de 2011, soit corrigée de façon à inclure de façon solide les peuples autochtones. Nous voulons que tous les pays mettent en place des systèmes de surveillance de l'épidémie pour les autochtones », conclut-il. Avec les applaudissements, on pouvait entendre le cri des « Maoris » de Nouvelle-Zélande.

 Mobilisation internationale

Les délégués autochtones se préparent en réunion préalable entre les 17 et 19, à Sydney. Selon Ken Clement, Canadien du peuple Ktunaxe, en 2006 un Groupe de Travail Indigène International sur le VIH et Sida (The International Indigenous Working Group on HIV and AIDS - IIWGHA) a été créé, pendant la Conférence Internationale sur le Sida de Toronto. Depuis, l'organisation met en place des pré-conférences. « Nous arrivons jusqu’ici à nous maintenir en contact avec des autochtones de différents pays, mais la langue et le financement sont encore de grandes barrières. Cette année, en plus du Canada et de l'Australie, sont représentés les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et le Guatemala », indique Clément. L'organisation a en plus des membres de Bolivie, du Chili et du Mexique.

Trevor Stratton est également Canadien, du peuple Ojabwe et est le dirigeant de l’IIWGHA. Il indique que l'objectif est d'influencer les centres de décision de réponse au Sida, obtenir des sièges dans les forums décisionnaires, mentionnant comme exemple la Rede Global de Pessoas Vivendo com HIV (GNP+, Réseau Global des Personnes Vivant avec le VIH) qui est entendu à la Conférence et auprès des organismes internationaux comme l'Unaids. « Nous voulons être reconnus comme une population-clef et influencer la réponse. Nous ne voulons pas être conduits, nous voulons conduire le bateau ».

 Depuis 1991, des centres médico-sociaux dans toute l'Australie sont passés sous le contrôle des communautés aborigènes [1]. Selon, David Scrimgeour, responsable médical et de santé publique du Conseil de Santé Aborigène d’Australie du Sud, il existe 150 services sous ce modèle d'administration dans tout le pays, cependant « nous gérons nos propres services, garantie que nous serons respectés et que les services seront fournis selon nos besoins spécifiques ». Le docteur indique cependant que pendant les dix dernières années il y a eu des difficultés politiques pour étendre le modèle.

Différentes organisations de toute l'Australie ont présenté des programmes de santé sexuelle faite pour et par des aborigènes. Il y a beaucoup de programmes spécifiques pour les relations homosexuelles masculines et pour des femmes transgenre, qui sont connus dans la culture locale comme sistergirls. Les programmes prennent en compte les valeurs culturelles et la réalité sociale des autochtones.

Michelle Tobin fait partie du Réseau Positif des Aborigènes d'Australie et des Insulaires du Détroit de Torres, une association d'autochtones vivant avec le VIH. Elle vient de la nation Yortayorta et était une des enfants séparés de leur famille. Elle a également fait partie d'autres organisations qui aident dans les sujets de droit et de planning de santé publique. 125.jpg
« Notre espérance de vie est inférieure de dix ans par rapport à celle des frères et sœurs non autochtones  », explique-t-elle.

 Parmi les programmes coordonnés par l'association, il y a la réunion des leaders seniors ayant pour but de répartir et distribuer la connaissance en prévention. "Les seniors ont beaucoup d'influence dans les communautés aborigènes", explique-t-elle.

 

Où sont les peuples amazoniens ?

Il n'y avait pas de présence de leaders autochtones brésiliens dans les deux événements. Stratton déplore l'absence et les difficultés de financement. Henrique Avila, du Forum d'ONGs/Aids de Tocantins, montre sa préoccupation sur la vulnérabilité des peuples autochtones brésiliens à la maladie. L'épidémie avance dans la population native, très souvent à cause d’un diagnostic tardif. Il n'y a pas de réponse gouvernementale adéquate ».

 

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Pour en savoir plus...

 

Migration et Sida en Amazonie française et brésilienne

 

Frédéric Bourdier

 

IBIS ROUGE Éd.

 

 

 

 

 


 [1] Descendant aborigène des peuples Pitjantajarra et Nurrunga, en tant qu’autorité australienne en santé indigène.

[2] Ce qui n'est pas possible en Amazonie française, où chaquegoutte de sang prélevée est considérée comme l'objet d'un « geste médical » est  très réglementé.



01/08/2014
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