Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

DANS LA POUSSIÈRE DU SERTÂO

26/06/2014

Laurent Salinier

Le Brésil à vélo

 

 

 

Salinier.jpg« Arrastapé » c’est le petit bal du Nordeste où, cuisse contre cuisse et jeté corps et âme dans l’impériosité de ces mélodies sautillantes, chacun traîne des pieds dans la poussière des placettes ou des parquets jusqu’au bout de la nuit, consciencieusement, infatigablement, dans une communion où s’estompent les revers de la vie.

« Arrastapé » c’est cette traversée du Brésil, où j’ai traîné mes pieds dans la poussière et la latérite des bords de route, dans les plus petits villages du Nordeste comme dans ses plus grandes cités, le long des autoroutes les plus congestionnées comme dans les chemins les plus oubliés. Au rythme lent du pédalier j’ai pris la mesure de ce pays que déjà je connaissais et que j’aimais, et j’ai pu chaque jour, au plus près, en mesurer les forces et les faiblesses, continent projeté sans retenue dans une course frénétique vers le progrès, la quête dérisoire de puissance et ce besoin si machiste de reconnaissance internationale.

« Arrastapé » c’est le contraste intense entre ces brésiliens courageux à la vie si rude qui ont pour seul plaisir fugace les petits bals misérables du sertão et cette aristocratie de décideurs acharnés à tailler le pays à la mesure du capitalisme le plus prédateur et qui, du sommet de leurs buildings paulistes, n’écoutent plus que la musique « house »  et « lounge » importée des Etats-Unis.

 

Le Brésil sera-t-il une des toutes premières puissances économiques du XXIe siècle ? C’est la question que l’on ne peut manquer de se poser lorsqu’on sillonne cet immense pays, serait-ce même à bicyclette. Parti de Cayenne, en Guyane Française, l’auteur traverse au rythme mesuré du pédalier une partie de l’Amazonie, le Nordeste et les hautes terres du  sertão, pour aboutir après un parcours de 7000 kilomètres à l’ancienne capitale impériale, Rio de Janeiro. Ce long périple fait de multiples rencontres au plus près des réalités du pays confirme sans surprise la première force de cette nation : un peuple jeune et endurant habité par une foi inébranlable en l’avenir du pays. Mais dans la brutale réalité de la route émergent aussi  des menaces redoutables à ce développement : pillage des ressources naturelles, urbanisation chaotique, faiblesse des infrastructures, violence banalisée, dictature des médias. « Arrastapé » est une lente promenade le long du quotidien du peuple brésilien.
Laurent Salinier vit en Amérique du Sud, en Guyane Française. Il a commencé à voyager au Brésil quelques mois avant l’élection de Tancredo Neves qui marqua la fin de la dictature militaire en 1985. Depuis cette période le Brésil s’est beaucoup transformé, il est devenu un géant agro-alimentaire et une vraie puissance industrielle. Mais la vie du peuple brésilien s’en est-elle trouvée améliorée ? Prenant sa bicyclette pour parcourir ce pays immense qui l’a toujours fasciné, l’auteur nous livre ici une image du Brésil actuel, celle du quotidien des humbles livrés à une modernité qui balaie tout.
L'avis du Témoin : un ouvrage qui nous ouvre le Brésil de l'intérieur, avec empathie mais lucidité. Je ne saurais trop vous le recommander, en des temps où le futebol semble avoir séquestré les cerveaux de millions de personnes, pas seulement brésiliennes, justement. De plus c'est incroyable a lire, nous transpirons et avons peur des crampes, tout comme le voyageur écrivain. Un livre tout plein de belles rencontres.
Vient de paraître, chez l'Harmattan

Dans la poussière du Sertão

ISBN : 978-2-343-02823-1

378 pages, 28,50 €

Consulter le site de l'Harmattan

 

 



26/06/2014
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