Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

FAG Vs GARIMPEIROS = HARPIE Vs FOURMIS

14/12/2012
Les serres émoussées...
 
Votre témoin préféré, dont la curiosité n'est en aucune manière le moindre défaut, est tombé en arrêt devant un article paru dans un hebdomadaire de la presse locale, plus informatif, moins bâclé et peut-être plus professionnel par certains côtés que notre célèbre (et unique) quotidien local. De quoi s'agit-il ?
 
Une opération Harpie annulée !
Puma.jpgJe lis : « une importante opération de démantèlement de sites aurifères clandestins initialement prévue début décembre a dû être annulée. [...] On paye le parc d'hélicoptères vieillissant des Armées [...] L'opération prévue a dû être annulée parce qu'il n'y a pas d'hélicoptères disponibles ». En fait cinq pumas vieillissant prématurément, nous dit-on, à cause de l'humidité (c'est vrai que s'ils sont sous-utilisés et non entretenus... Note polémique du Témoin). On imagine alors aisément les carcasses héliportantes prochainement immobilisées définitivement au sol comme ces innombrables caisses automobiles abandonnées tout au long de "notre" route nationale de Saint-Laurent à Cayenne, la RN1, et surtout de son prolongement vers le Brésil, la RN2.
D'après des sources concordantes ce ne serait pas la première opération annulée. Samedi [1er décembre ?], s'inquiétant d'une « recrudescence de chantiers aurifères illicites dans le Parc Amazonien de Guyane », son directeur Frédéric Mortier confiait : « des opérations programmées cette année n'ont pas eu lieu pour des problèmes de Puma, des problèmes mécaniques, pour un manque d'officiers de police judiciaire »...
 
Avant que de continuer plus avant, je vous dois une confidence : je n'ai jamais été pro-harpie, pas plus en tout cas que je n'étais pro-Anaconda. L'insuffisance de moyens alliée à un manque d'imagination (de désir d'imaginer ?) et de réflexion de nos décideurs font tourner tout cela en eau de boudin (manque de piment ?) et virent au gaspillage, voire au gâchis. Et le gaspillage me fait horreur, surtout quand il s'agit de l'argent de mes impôts qui pourrait sans doute servir à autre chose. Bon sang, quand allons-nous cesser de marcher sans regarder où nous mettons les pieds ? On s'embourbe ! une personnalité politique, qui d'ailleurs se trouve être une femme, défend (et moi avec) l'idée selon laquelle des problématiques sensées, étayées doivent être bâties préalablement à l'action mise en place afin qu'elle puisse avoir toutes les chances de répondre aux vrais problèmes et ne se contente pas de simplement gratter la surface des choses, surface qui cache parfois des gouffres où l'on s'abîme. Le projet Anaconda n'a pas fonctionné (il n'y a jamais eu autant d'orpailleurs que maintenant), alors une certaine MAM l'a équipé de serres et de plumes à la place d'écailles et c'est reparti. Mais pas toujours, comme le prouve l'opération annulée ce début décembre... Comme dit cette bonne Madeleine, « c'est parti pour rester »...
Mais je vais continuer (un peu) à vous exposer sous le nez la situation réelle et les explicitations (qui sont loin de l'être, réelles) données aux médias chargés de la prédigestion avant becquée informative.
 
La gendarmerie, en Guyane, possède deux hélicoptères (un Ecureuil et un EC145) sur un territoire plus grand que l'Autriche, aussi vaste que le Portugal. Lors des opérations de démantèlement des sites aurifères les FAG (Forces armées en Guyane) accompagnent les hélicoptères de gendarmerie, pour des raisons de sécurité, nous dit-on. Mais ce sont des opérations qui restent de la compétence de la gendarmerie, ie. du respect de la loi et de sécurité avant tout. L'opération Harpie est d'ailleurs placée sous l'autorité conjointe du Préfet et du Procureur de la République. Que l'une des deux institutions soit défaillante et l'opération ne peut être menée.
Le souci est que ce n'est sans doute pas la première fois qu'une mission est ajournée à cause d'un manque d'hélicoptères. « On m'a fait état de l'annulation d'une opération, peut-être y en a-t-il eu d'autres, a confirmé le Ministre Le Drian. J'ai aussi été informé d'opérations réussies. Il est possible qu'à des moments précis il y ait eu des manques de moyens, l'information m'a été donnée et jen prends note » a-t-il poursuivi. Là encore le Témoin se rebelle : l'emploi de l'adverbe peut-être est inadmissible dans la bouche du plus haut responsable au niveau de l'Etat. Sommes-nous revenus à l'époque du responsable, pas coupable ? Si, Monsieur le Misistre, vous êtes coupable par négligence.
« Les Puma sont vieux en Guyane comme ailleurs. Le Puma doit être remplacé par un nouvel hélicoptère, le NH 90, dont les premières unités commencent à sortir de l'usine, on est au tout début des livraisons nationales, a ajouté le ministre, pour qui la question du remplacement des Puma se posera inévitablement ».
Mais revenons aux missions attribuées à la gendarmerie nationale d'une part, d'autre part aux FAG, fixées par le Préfet.
D'après le rapport d'information, déposé auprès du Sénat, n° 271 (2010-2011) de M. Josselin de ROHAN, Mme Bernadette DUPONT, MM. Jacques BERTHOU et Jean-Étienne ANTOINETTE, sénateurs, fait au nom de la commission des affaires étrangères et de la défense, déposé le 1er février 2011,
- le rôle de la gendarmerie nationale sera de mettre en œuvre le dispositif territorial de l'opération Harpie, de constater les infractions, d'interpeller les auteurs de celles-ci et de les remettre à la justice.
- les objectifs énoncés par le Préfet sont les suivants :
1. identifier, paralyser et désorganiser les flux logistique d?approvisionnement ;
2. identifier les individus compromis (commerçants/commanditaires, piroguiers assurant les transports, passeurs de clandestins, « veilleurs » etc.) ;
3. incriminer les auteurs de crimes et délits ;
4. reconduire les étrangers en situation irrégulière (ESI) à la frontière ;
5. détruire, après l'autorisationdu Parquet, les matériels servant à l?extraction aurifère illégale ou assurant l?approvisionnement logistique des sites clandestins ;
6. remettre en état les sites.
Ici, sans entrer dans trop de détails dans lesquels on se noierait, l'on peut témoigner d'au moins deux, sinon mensonges, du moins de manquements à la règle :
- le point (2.) si les individus dénommés commerçants/commanditaires étaient identifiés (et ils le sont !) l'on pourrait sans trop de difficulté décapiter un grand nombre de réseaux. Ce qui ne nous garantit pas du danger d'apparition de nouveaux réseaux. Les autres individus sont arrêtés lorsqu'ils ne sont pas suffisament habiles pour passer au travers des mailles du filet. Mais eux ne sont pas les donneurs d'ordre.
- le point (6.) lorsqu'un chantier est « démantelé », tout ce qui n'est pas récupérable est détruit, théoriquement. Notons au passage notre étonnement lorsqu'on découvre que souvent les quads saisis servent à équiper nos chères FAG qui devraient faire en sous-équipement, souvent... Mais les sites ne sont aucunement remis en état. Carbets brûlés, équipements ménagers laissés sur place à rouiller, moteurs de pompe détruits mais laissés sur place, etc. La forêt se débrouillera bien pour reprendre ses droits...
 
Examinons à présent la situation de points de vue géo-socio-politiques, que je ne développerai pas, le risque de vous importuner ou, pire, de vous endormir étant non négligeable... L'énoncé desdits points de vue suffira bien.
1. la Guyane est un territoire (d'outre-mer) du Nord entouré de pays (indépendants) du Sud, bien plus vastes que le nôtre ;
2. ces pays ont un niveau de développement qui ne peut se comparer à celui de la France, même si cela n'est guère sensible de prime abord dans ce (gros) confetti de la République quelque peu laissé pour compte ;
3. de nombreux domaines sont de la compétence des états, pas des régions. Tant que le statut constitutionnel et administratif de la Guyane n'aura pas été revu, tant que nous n'aurons pas une loi de décentralisation pertinente qui nous permettra, en toute connaissance de dossiers, de traiter d'égal à égaux avec nos voisins, la paix sociale restera un leurre.
 
Pour conclure un peu hativement, pourquoi cela me met-il plutôt en colère, plutôt que me faire rire ? Tout simplement parce que nous avons nos lobbies, oui, oui, nous aussi, en Guyane. Celui de l'or prend une place grandissante. Le noeud, selon moi, est la différence voulue entre orpaillage légal et illégal.
Cyanure contre mercure, commanditaires et têtes de réseaux contre "clandestins"... Que fait-on des populations impactées ?
Les wayana et autres populations de l'intérieur ne comptent pas. Seul est pris en compte le profit escompté, qu'il soit réel ou non. L'on désigne à la vindicte populaire une population démunie qui fantasme sa vie future, on parle de l'or extrait illégalement par ces mêmes clandestins qui part au Brésil, dénonçant par là le préjudice infligé à l'Etat. A l'Etat ? voire... De quelles enquêtes dispose-t-on pour prouver que l'or extrait « légalement » est correctement et intégralement fiscalisé ? Nous n'avons ici aucune garantie autre que des mains posées sur le cœur. Alors... continuons à dépenser l'argent du contribuable en jouant les Soldats du Bien poursuivant jusqu'en enfer (vert) les Forces du Mal, cela fait détourner les regards des villages de l'intérieur où des enfants continuent de naître hydrocéphales, menacés d'AVC à très court terme ou privés de membres. Les Wayana, citoyens français, apprécieront... tant qu'ils seront là.
 
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14/12/2012
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