Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

Guyane : JOURNÉES DES PEUPLES AUTOCHTONES, OÙ SONT LES VRAIS DÉBATS ?

07/08/2016

republié le 15/08/2017

 

Mais les vrais problèmes de société y sont-ils évoqués ?

Sources : France-Guyane, Guyaweb, Huffington Post

 

Il y a un an, je publiai cet article ; un certain nombre de dates y sont donc obsolètes. J'y menai alors un débat peu flatteur pour les autorités publiques. Où en sommes-nous, aujourd'hui ? En re-parcourant cet article, je m'aperçois que rien n'a bougé depuis lors sauf, peut-être, à l'occasion des événements de mars-avril dernier, une prise de conscience de l'abandon où se trouvent toujours plongés ceux que l'on a nommés -à juste titre - les « oubliés de la République ».

Force est de constater que, en cette année 2017, de nouveaux sujets d'inquiétude suivis de refus catégoriques sont apparus, au premier rang desquels la future exploitation de Montagne d'or... D'ailleurs, afin de porter haut son désaccord, l'ONAG (Organisation des nations autochtones de Guyane) a décidé de boycotter les journées des peuples autochtones organisées par la Communauté territoriale de Guyane et d'organiser ses propres manifestations.

« Depuis 2011 en Guyane, les journées des peuples autochtones sont organisées chaque année, et permettent de mettre à l’honneur les peuples autochtones de Guyane, mais aussi d’Amérique du Sud et de la Caraïbe ».

 

675.jpgLa Journée internationale des peuples autochtones décrétée par les nations unies le 9 août « franchit » cette année « une nouvelle étape dans la longue marche qui mène vers la visibilité et la reconnaissance des peuples autochtones de Guyane » assure la CTG. Malgré les annonces, et malgré des temps forts, la substance même des débats de société que doit irriguer l’évènement n’est pas au rendez-vous.

 

Sur le papier, oui la Journée internationale des peuples autochtones a « franchi un palier », comme l’assure la collectivité territoriale (CTG) à l’initiative de la commémoration du 9 août en Guyane depuis 2011. Le programme gagne en masse, il s’étire dans le temps et l’espace, puisque les célébrations s’étalent désormais sur onze jours (du 30 juillet au 9 août), et Awala-Yalimapo apparaît comme le troisième lieu de convergence, après la place des Palmistes à Cayenne et Sainte-Rose de Lima à Matoury.

 

Le lancement fut donné samedi dernier, en incluant la nuit du Sanpula d’Awala Yalimapo, comme soirée de lancement des 6èmes journées des peuples autochtones. Un extrait des jeux kali’na sera même présenté pendant deux heures, dimanche 7 août sur la place des Palmistes. Il faut aussi voir dans le rapprochement avec Awala-Yalimapo, la suite logique de l’élection en décembre 2015 de Hervé Robineau (Guyane rassemblement et 4e adjoint à la mairie d’Awala-Yalimapo), à la CTG. Hervé Robineau qui est « en charge [à la CTG] d’assurer le suivi de la relation avec les populations amérindiennes et bushinengué ».

 

Mais derrière le programme 2016 qu’y a-t-il ? Où sont les tables rondes, les débats d’antan qui permettaient à tous et notamment à ceux qui vivent à deux jours de pirogue ou plus, de pouvoir entendre, s’exprimer, rebondir en face à face sur des sujets pivots, sans le biais médiatique, ni l’éloignement.

Des conférences sur l’Histoire

Le programme de la CTG et de ses partenaires prévoit plusieurs conférences pour une plongée dans l’Histoire de la Guyane et des relations humaines. On aurait aimé autant de volubilité de la part des organisateurs sur des sujets actuels, exemplaires, et ceux en souffrance, pour un retour sur l’actualité chargée de ce début d’année.
677.jpg2016 a résonné comme une année forte avec les accusations de « biopiraterie » par France Libertés à l’attention de chercheurs de l’IRD faisant du couachi, le symbole et l’instrument des dissonances comme jamais auparavant , et qui entraînait une manifestation citoyenne et syndicale lors de la venue de la ministre de la Santé Marisol Touraine puis le déplacement en urgence, en Guyane du Secrétaire d’état à la Recherche, Thierry Mandon.

2016 c’est aussi la promulgation le 20 juillet, après des années d’attente, de la loi pour la reconquête de la biodiversité, qui ratifie le protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable qui en découle. L’occasion était idéale pour présenter à tous ce qui va changer ou pas, d’autant que la loi « exclut de son champ d’application « les connaissances traditionnelles associées à des ressources génétiques ne pouvant être attribuées à plusieurs communautés d’habitants » et « les connaissances traditionnelles associées à des ressources génétiques dont les propriétés sont bien connues et ont été utilisées de longue date et de façon répétée » écrivait il y a peu la directrice de recherche à l’IRD, Catherine Aubertin, sur un blog de Le Huffington post.

2016, c’est aussi l’émergence de l’instauration d’un permis chasse après des années de gel. Le transfert gelé des PMI de l’intérieur (sous compétence de la CTG) au centre hospitalier de Cayenne.

En mars, George Pau-Langevin, la ministre des Outre-mer, en déplacement à Cayenne avait engagé la refonte du statut du CCPAB (conseil consultatif des populations amérindiennes et bushinenge) ; « les parlementaires devront faire une proposition de loi dans les mois qui viennent ».

Les citoyens auraient aussi pu entendre le premier bilan public de la « cellule régionale pour le mieux-être des personnes de l’intérieur », créée en avril 2015 par l’ancien préfet Eric Spitz. Cellule rattachée à l’Inserm, hébergée à la préfecture, sous la direction de Marianne Pradem, conseillère principale d’éducation détachée du rectorat et « assistée d’un volontaire en service civique du Haut ou Moyen Oyapock ». Cellule qui allait faciliter selon le préfet de l’époque la création de postes de « médiateurs », par le biais d’une facilitation d’accès aux emplois aidés pour les associations qui interviennent dans l’intérieur.
Une table ronde autour de l’énergie aurait permis d’informer une partie des 250 familles du Haut-Maroni (Elahé, Twenké-Taluhen, Antécume Pata, Pidima et Cayodé) qui doivent être raccordées à des centrales de production hybride (solaire à 80% et appoint thermique par un groupe électrogène fonctionnant au diesel à 20% ). Le projet de la CCOG et d'EDF accuse à ce jour un an de retard de livraison.

L’agence régionale de santé aurait aussi pu s’exprimer sur l’ « enquête en cours » sur l’imprégnation au mercure, comme nous l’avait assuré l’ex directeur régional Christian Meurin, sachant que la dernière enquête épidémiologique reconnue par l’ARS remonte à 2007.

Les sujets ne manquent pas. Le public aurait pu aussi entendre le témoignage, les propositions, de ceux qui sont dans les abattis, dans les villages, les lycéens, les conseillers municipaux, ceux qui travaillent dans les bureaux institutionnels…

678.jpgCette année d’ailleurs, l’ONU a placé la journée commémorative sous le thème du droit à l’éducation. L’objectif numéro 4 du programme des nations unies, vise à d’ici 2030 « assurer l’égalité d’accès des personnes vulnérables, y compris les personnes handicapées, les autochtones et les enfants en situation vulnérable, à tous les niveaux d’enseignement et de formation professionnelle. […].Le secteur de l’éducation reflète non seulement les abus, les discriminations et la marginalisation dont les peuples autochtones ont historiquement souffert, mais il reflète également une lutte permanente pour l’égalité et le respect de leurs droits en tant que peuples et individus ».

Au lieu d’évoquer ce sujet, vendredi 5 août, il sera question à 18h à la CTG de « la dynamique côtière de l’ouest Guyanais » avec le CNRS et la réserve naturelle de l’Amana (Awala-Yalimapo). On retiendra, en revanche, le  Forum des jeunes (sur réservation uniquement) à l’auditorium de la chambre de commerce, mardi 9 août à 11h.

En 2011, les plus renfrognés des militants évoquaient le risque que les journées ne soient que « folklorisation » et « récupération politique ». Sous peine de n’être que l’ombre d’elle-même, la commémoration qui fut pourtant un signal fort ne doit pas regarder ailleurs.

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07/08/2016
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