Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

LE BARRAGE DE PETIT-SAUT A VINGT ANS...

18/12/2014

Vingt ans après, tout va bien ! ?...

 

 

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La construction de Petit-Saut à Sinnamary a soulevé à l'époque de nombreuses contestations.

L'association Batwel regroupant des pêcheurs de Sinnamary a lutté contre l'implantation de barrage hydro électrique estimant que l'impact environnemental sur la forêt et le fleuve serait plus nuisible que productif.

Tant bien que mal, le barrage s'est construit. Les travaux sur le fleuve Sinnamary ont duré 7 ans et ont coûté 2,7 milliards de francs. Sa production en énergie électrique pourvoit -à ce que l'on nous dit- à 70% des besoins de la Guyane et ne suffit déjà plus à l'accroissement de la population et de ses besoins.


 Le grain de sel du Témoin

 

Vingt ans après, que nous dit-on ?

- Au début, il y avait du mercure, mais depuis cinq ans, cela va mieux...

- Il y a eu des rejets de gaz, notamment de méthane, mais EDF est intervenue pour ré-oxygéner l'eau...

 

Tout va bien, mais... que nous cache-t-on ?

 Parmi les six grands fleuves de Guyane, le Sinnamary reste celui dont les poissons et les sédiments sont les plus pollués par le mercure. De nombreux spécialistes s'entendent pour dire qu'il faudra plusieurs décennies pour mieux appréhender les impacts du barrage ;

- Le barrage ne s'est pas rempli aussi vite que prévu, probablement à la suite de la mort de millions d'arbres par noyade, ce qui a entraîné la suppression de leur évapotranspiration et par suite une modification importante du microclimat de la vallée inondée. Lors de la construction du barrage, et compte tenu de la taille de la forêt à inonder, il n'a pas été procédé à la déforestation du site. Or ces forêts croissent très lentement mais abritent une biomasse considérable. Il a été estimé que la biomasse de forêt primaire immergée était équivalente à environ huit millions de tonnes de carbone.

Comme cela avait déjà été observé sur d'autres barrages, au Brésil notamment, il s'en est suivi une forte dégradation de la qualité de l'eau, sur la zone inondée mais aussi en aval du barrage, en raison de la fermentation et décomposition de la matière organique immergée et de la diminution de l'hydrodynamisme. Le barrage a ainsi modifié la turbidité de l'eau, avec des effets biologiques mesurables et observés jusqu'à l'estuaire et dans son bouchon vaseux. Comme dans d'autres cas d'estuaires situés en aval de barrages en zone tropicale, on observe notamment des modifications de salinité, du taux d'oxygène dissous, et la quantité de matière organique transportée, perturbée par les caractéristiques physico-chimiques, l'hydro-chimie et l'éco-système aquatique du Sinnamary, au-delà du seul fait de la fragmentation écologique qu'il a induite.

- Une partie de la matière organique piégée sous l'eau s'est décomposée, a absorbé une partie de l'oxygène de l'eau et a provoqué des rejets de sulfure d'hydrogène, de dioxyde de carbone et de méthane qui est un puissant gaz à effet de serre, par diffusion de la surface de l'eau vers l'air et par effervescence (bullage). Cette pollution, ainsi que l'anoxie associée a tué de nombreux poissons et d'autres organismes (aquatiques ou de la ripisylve) dès la mise en eau. Elle a aussi contribué à une émission significative de gaz à effet de serre (méthane).

Pour amoindrir l'effet sur l'environnement en plus des mesures compensatoires initialement prévues, EDF a dû apporter des modifications au barrage (afin de ré-oxygéner l'eau), qui ont diminué la hauteur de chute d'eau de 4 m et le rendement de la retenue de 15 %.

294.jpg- Même au moment du pic de pollution, grâce à la pluviométrie régionale très élevée, une couche d'eau pluviale plus oxygénée persistait en surface, permettant à certains poissons de survivre, mais une forte odeur sulfurée était perceptible en aval du barrage.

Au fur et à mesure de la minéralisation de la matière organique du sol, les émissions diminuent (le maximum d'émission aurait été atteint vers 1995. Le bois immergé ne se décompose ensuite qu'extrêmement lentement, surtout pour les bois durs, dans une eau très anoxique en profondeur). La qualité des eaux du réservoir s'étant améliorée au fil des années, EDF a pu diminuer (deux fois, mais de manière réversible) la hauteur de chute du seuil artificiel, en conservant une teneur en oxygène dissous d'au moins 2 mg/l à « Pointe Combi » en aval (taux minimal imposé par la préfecture) à ce point.

Ces émissions (méthane, CO2 et hydrogène sulfuré) ont été suivies sur quelques points de mesure durant 2 ans après le début de la mise en eau (janvier 1994 qui a submergé 360 km2 de forêt) en 3 ans). Une partie des gaz était dissipée dans l'air en aval du barrage, une autre restait en solution et était emportée par le courant vers l'estuaire. Selon l'étude faite lors de la mise en eau, les émissions de méthane ont atteint 800 t/jour en février 1995, et le CH4 dissous dans la colonne d'eau a atteint à cette époque 14 mg par litre. Ce méthane oxydé dans l'eau par les microbes a consommé d'énormes quantité d'oxygène dans le lac, mais aussi dans la rivière en aval du barrage.

 

N'oublions pas...

Le document vidéo présenté ci-dessus arrive à point nommé... Tout va bien, tout au moins mieux, moins de mercure (méthyl-mercure ?), l'EDF est intervenu pour freiner l'intoxication des poissons, réduisant par là de 15% l'efficacité de rendement...

Tout cela, vous dis-je, arrive à point nommé au moment où se pose la question de l'installation d'un deuxième barrage en Guyane.

 

Frères gardez-vous à gauche...  frères, gardez-vous à droite !...

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Consultez ici  les livres dont le Témoin en Guyane est l'auteur !

 



18/12/2014
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