Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

LE TRIBUNAL INTERNATIONAL RECONNAÎTRA-T-IL LE GÉNOCIDE GUARANI-KAIOWÁ ?

12/11/2015

  

Expulsions violentes et agro-banditisme

source : http://www.taquiprati.com.br/cronica.php?ident=1171

 

Traduction de Pascaline Fichet

 

AVERTISSEMENT : les photos présentées dans cet article sont difficiles à supporter. Lorsqu'on vous fait savoir que ce peuple est l'objet d'un véritable génocide, ce n'est pas une information à prendre à la légère. La vie d'un Indien vaut autant que celle d'un Européen, même s'il est éloigné et hors de nos cercles rapprochés. La plupart de ces photos a été publiée sur :

http://alfredkewl.blogspot.fr/2010/09/genocide-taking-place-against-kaiowa.html

  

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Le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) examine la dénonciation de l'avocate Katherine Doucerain quant aux assassinats des guarani-kaiowa au Mato Grosso do Sul (MS), reconnus par ces-derniers comme faisant partis d'un processus de génocide.

 

 

L'avocate a divulgué cette information lors de la conférence donnée lundi dernier à l'Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine (Sorbonne Nouvelle), à Paris.

Des vidéos envoyées par Tonico Benites, anthropologue guarani seront ajoutées à la dénonciation.

Marche vers l'Ouest

L'avocate Katherine Doucerain et l'auteur de ces lignes ont assisté à la présentation de Pascaline Fichet (étudiante en mastère 2 d'anthropologie), décrivant la situation de la réserve indigène de Dourados où elle s'est rendue récemment et où près de 15 000 personnes (Guarani, Kaiowá et Terena), se partagent une étroite parcelle de 3 500 ha. Elle présenta l'histoire de l'invasion des terres indigènes, depuis la guerre du 540.jpgParaguay (1864-1870), à l'issue de laquelle s'est initiée une période de violentes expulsions des populations indigènes de leurs territoires traditionnels. Celle-ci fut tout d'abord exercée au profit de la plantation d'herbe de prairie puis, plus récemment, de celles de soja et de canne à sucre, dans lesquelles les indigènes travaillèrent dans des conditions de semi-esclavage. A partir de 1892, et durant la période du SPI (Service de Protection de l'Indien), la compagnie Mate Laranjeira a étendu son occupation territoriale, d'ores et déjà favorisée et soutenue par la République et le gouvernement.


L'expulsion des indigènes et leur confinement dans des zones exiguës ont été à l'origine de nombreuses maladies qui eurent un fort impact sur la santé des Guarani. Ce processus se prolongea sous le gouvernement de Getúlio Vargas, qui créa en 1943, dans le cadre de la politique de « marche vers l'ouest », la Colonie Agricole Nationale de Dourados (CAND), afin de répartir la terre entre les familles de colons venues d'autres régions. L'installation des colons en terres indigènes et la déforestation sauvage, multiplièrent les conflits dans la région.

La situation s'intensifia à partir des années 1970, suite à l'introduction de la monoculture du soja. Avec la création du Pro-Alcool, mis en place au début des années 1980, les premières usines de production de sucre et d'alcool furent implantées et commencèrent à utiliser la main-d’œuvre indigène, bon marché, expulsée de ses terres, reproduisant ainsi le vieux schéma du système colonial. Un tel processus de superposition des familles dans des espaces restreints a profondément affecté le mode de vie des Guarani-Kaiowá (ava reko), et drastiquement limité ses possibilités de pérennité.

L'Etat du Mato Grosso do Sul s'étend sur une surface de 35 millions d'hectares, dont plus de 65% sont occupés par du bétail, alors que les populations indigènes, originairement propriétaires de ce territoire, sont aujourd'hui regroupées sur 0,08% du territoire, c'est-à-dire 30 000 hectares. Les chiffres officiels révèlent que 4,6 millions de bovins sont abattus chaque année au MS, soit 12 000 par jour. Ces dernières années, 28 nouvelles usines, destinées à la production d'éthanol et de biodiesel, sont venues s'ajouter aux 14 déjà existantes.

 

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 Face à une telle situation, les guarani-kaiowa, soutenus par leurs alliés de la société civile, ont initié un processus de récupération des terres de leurs anciennes communautés. Cette démarche est perçue comme une manière de retrouver leur système social et d'intensifier les pratiques rituelles, qu'ils ne peuvent pratiquer sur les territoires où ils sont retranchés. Pour entraver ces actions, les propriétaire terriens ont employé des hommes armés et formé des milices, augmentant ainsi l'indice de violence de la région, d'ores et déjà supérieur à celui des grandes villes comme Rio et São Paulo. Force est de constater le processus lent et silencieux d'ethnocide auquel est aujourd'hui confronté le peuple guarani-kaiowa.

Agrobanditisme

Si l'assassinat du leader indigène, Marçal Tupâ, en 1983, avait marqué les esprits, ils fut suivi par un nombre alarmant d'actions de ce genre. Entre 2003 et 2015, 585 indigènes se sont suicidés et 390 furent assasinés. Le cas le plus récent, fut celui du leader Simeão Vilhava, de 24 ans, assassiné, le 29 août dernier par des hommes armés financés par les propriétaires terriens.

[... Quid de] la politique indigéniste du Brésil, de la lutte des indigènes et de la circulation médiatique de ces informations dans la presse nationale ? Il semble bien que l'agro-banditisme jouisse d'une impunité totale. Jusqu'à aujourd'hui, aucun homme armé et encore moins mandataire de ces crimes n'a été jugé et ni emprisonné. Il [parait évident] qu'une certaine connivence s'établisse entre la police et les instances judiciaires quant à la défense des propriétés rurales et l'attaque des communautés indigènes qui tentent de récupérer leurs terres.

542.jpgLe médecin Noel Nutels, lors de la CPI de la Chambre des députés déclarait en 1968 : «À l'heure où nous discutons ici, quelqu'un doit être en train de tuer un indigène, mais nous ne le saurons que plus tard, quand le cadavre de celui-ci sera enterré ». Dénonçant la violence commise contre les guarani du MS comme d'ailleurs, l'intervenant présente la situation de Santa Catarina, en évoquant le cas de la Terre Indigène du Morro dos Cavalos (Coline des chevaux), de la municipalité de Palhoça, où le cacique Kerexu Yxapyry-Eunice Antunes a été menacée de mort.

 

Le silence des journaux nationaux à grand tirage fut pointé du doigt, et présenté comme un facteur contribuant à l'impunité, démobilisant les lecteurs, alors privés d'informations importantes pour le pays et cessant, par conséquent, d'exercer leur droit de protestation et d'exigence de punition des responsables. Ce silence planifié, s'applique aussi à d'autres domaines. L'intervenant évoquera l'exemple de l'exposition de perles artisanales du Musée de l'Indien, évenement culturel de taille, qui n'a fait l'objet d'aucune ligne dans les médias nationaux, bien qu'ayant reçu la visite de la directrice générale de l'UNESCO, Irina Bokova et du ministre de la culture, Juca de Oliveira.

543.jpgDes questions plus urgentes que jamais sont centrées sur des thématiques abordées dans la lettre ouverte d'Amnesty International à la présidente Dilma Rousseff, relevant l'échec du Brésil dans la défense des droits Guarani-Kaiowá, venant violer la Constitution de 1988, la Convention 169 de l'OIT ainsi que la déclaration de l'ONU sur les Droits des Peuples Autochtones.

La menace représentée par la PEC 215, qui rendrait impossible, dans la pratique, la démarcation des terres indigènes, a également été présentée comme un élément de taille dans l'expansion du génocide.

 

 

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12/11/2015
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