Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

LES HURLEURS ET LE PRÉSIDENT

15/12/2013

Si tu ne sais pas où tu vas,

ne t'étonne pas d'arriver ailleurs !

(Emprunté à Pierre Desproges)

 

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Il est venu, en passsant par le Brésil.

Il est reparti, cédant la place à la saison des pluies qui s'installe.

Arrivé porteur d'espoir, il est retourné sans usage ni raison.

 

Lutter contre l'orpaillage... un enjeu ? non. Une nécessité, tout simplement. Hier une manifestation était organisée par les « Hurleurs de Guyane », destinée à faire entendre le désespoir pour certains, le dépit pour d'autres. « Non à l'orpaillage illégal » était le slogan développé et décliné dans un contexte glauque : le constat inévitable à présent de la gabegie totalement inutile que représente l'opération Harpie, la remise du projet de nouveau code minier avec la page blanche de l'Outre-mer, le ressenti d'abandon des populations du fleuve (encore un suicide par pendaison d'un amérindien cette semaine, ce qui porte à quatre les constats de des cinq dernières semaines, alors que les chiffres officiels font état de trois par an !), etc. etc.

 

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Un seul problème : l'orpaillage « illégal » ne peut être la cible unique. Je le répète, encore et encore, l'orpaillage est une calamité en soi. Les illégaux rejettent du mercure, les légaux, eux, du cyanure. L'impact environnemental comme l'impact humain pèsent d'un même poids (voir ci-dessus). J'écrivais, la semaine dernière : « Quant à moi, le Témoin râleur, je reste à camper sur ma position : pas d'orpaillage du tout, ni "légal", ni "illégal". D'ailleurs, vu comme cela se passe, il ne devrait y en avoir que déclaré illégal. Mais ce camp-là, je veux bien le lever... le jour où, quelque part sur la planète, on m'aura montré un site d'extraction (or, diamant, ou ce que vous voulez) qui ne transformera pas le pauvre en esclave du riche orpailleur-patron, et qui ne sera pas impactant pour l'environnement (comme ici, polluant les rivières et les poissons dont se nourrissent les populations de l'intérieur en y rejetant mercure et/ou cyanure). D'ici à ce jour je continuerai à ne plaindre ni les bijoutiers de la place Vendôme ou d'ailleurs qui se font braquer, ni les personnes arborant avec indécence des bagouzes à chaque doigt et se les font arracher, connaissant le poids en vies humaines de cet or qui flambe sur les marchés financiers ».

 

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Je vous propose de lire ici le témoignage d'une manifestante (désabusée ?) :

« À la radio ils ont dit 700 personnes (certains disent : plus de 1000, comme le site de J.-F. Coppé, c'est bien la première fois que je vois l'UMP gonfler le nombre de manifestants... NdTémoin), il semble d'ailleurs que le collectif soit soutenu en lieu médiatique car beaucoup de pub depuis une semaine ; les discours et les slogans chantés en créole par un "public" 75% métro si ce n'est 85% ; sur ces chiffres-là, pas un mot dans les médias ; les têtes de pont du collectif sont également représentatifs d'une tranche socio-médiatico-artistique locale active sur ce front-là (Marc Barrat auteur de film orpaillage, Pierre-Olivier Pradinaud réalisateur et association Oyaroni... Une amie créole m'en a fait la remarque en me glissant à l'oreille qu'elle aurait aimé une assistance plus noire, tandis qu'une autre, qui travaille dans "l'orpaillage légal" (!), persuadée de son intégrité irréprochable, expliquait cela par des siècles de domination coloniale qui avaient mis à mal la pugnacité des peuples soumis (sic. Ainsi, si on se laisse "exploiter" aujourd'hui, c'est à cause de ce qu'il s'est passé il y a plus de 160 ans ? Il faudrait grandir un peu, non ? NdTémoin). Comme mes connaissances historiques sont mitées je n'ai rien dit, trouvant tout à coup ma peau très blanche et fautive, je me demandais finalement ce que je foutais là à vouloir sauver une planète pour des enfants que je n'ai pas ou des populations forestières qui ont le choix entre mourir empoisonnées au mercure ou venir grossir la lie méprisée des favelas cayennaises si toutefois ils parviennent à contourner le suicide de l'adolescence ; on pourrait aussi largement rediffuser La controverse de Valladolid et évaluer la progression des idées depuis 5 siècles. On devrait diffuser également les chiffres sur la flambée du cours de l'or accompagnés de ceux du nombre de sites d'orpaillage... illégaux ? [...]

Je ne suis pas restée jusqu'à la fin ; en reprenant ma route pour aller au théâtre, superbe pièce sur la société guyanaise (Tchip), j'ai pu observer la pugnacité du peuple soumis affairé à astiquer sa carosserie au lave-bagnole, prenant racine titubante au coin des chinois, éclatant au volant de leurs 4X4 meurtriers des ors tout à fait légaux du labeur héroïque de leurs ancêtres. J'ai senti une vague de compassion enfin irriguer ma vision, sans pour autant qu'elle parvienne jusqu'à mon coeur »...

Merci, BD, mon envoyée spéciale.

 

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15/12/2013
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