Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

Lire : AMAZONIE, UNE MORT PROGRAMMÉE ?

16/09/2014

Il est plus tard que tu ne penses (Gilbert Cesbron)...

 

 

Hubert Prolongeau, éditeur et journalise indépendant, après plusieurs séjours au Brésil, en Colombie, en Équateur  et en Guyane, tire la sonnette d'alarme...

 

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La mort programmée de l'Amazonie pourrait bien aussi annoncer la nôtre. Le poumon de la planète est malade. Plus grand bassin fluvial du monde, plus grand écosystème de la biosphère, plus grande réserve d'oxygène de la Terre, l'Amazonie est menacée. Aux trafics classiques (drogue, orpaillage, biopiraterie) s'ajoute le drame de la déforestation : extension des grands domaines et de l'élevage bovin, percement de routes, trafic de bois précieux, développement incontrôlé du soja (et bientôt des biocarburants), paupérisation et acculturation des peuples amérindiens. Il faut réagir. Vite.
 Plutôt que vous parler de ce bouquin, je vais vous en proposer la lecture in extenso de deux de ses pages, ce qui risque de vous mettre dans l'ambiance...
« Région de Matupa, janvier 2007. Un lot d'arbres exploitable a été repéré. Pour y arriver plus vite, les ouvriers de cette entreprise ont tendu une chaîne de 80 m entre deux caterpillars. Quand ils démarrent, crachant un épais nuage de fumée noire, les engins pétaradent. La chaîne cisaille les troncs, dont la plupart ne résistent pas. On entend les craquements soudains du bois,le bruit de la chute qui, à son tour, brois et éclate les branches trop faibles. Derrière, une quinzaine d'hommes attendent avec des tronçonneuses, ramassent ce qui est utilisable, le découpent et le portent sur des camions qui écrasent à leur tour le sol boueux. Le reste, tout ce qui n'est pas de taille suffisante est laissé sur place. 40 hectares peuvent ainsi être défrichés en un jour. Quand viendront les éleveurs, ils les brûleront pour dégager de futurs pâturages. Et ce rendement merveilleux s'est encore intensifier avec l'usage du défoliant lâché par avion qui, lui, liquide 200 hectares à la journée. Bien sûr, à ce tarif, ce n'est plus le petit paysan qui s'y attelle.
« C'est là du bois d'usage commun, qui servira à construire des murs de maisons ou sera vendu à des usines de balais. Pour atteindre des essences précieuses, c'est à peine plus subtil. Pour un arbre abattu, entre le chemin creusé pour le faire sortir, ce qu'il écrase quand il tombe, les dégâts faits par les véhicules qui viennent le chercher, quatre ou cinq fois plus de forêt est abîmée que ce qui est prélevé directement. Et 40% du bois gâché est abandonné sur place. Le gaspillage se poursuit dans l'exploitation. D'après l'Imazon (Institut de l'homme et de l'environnement en Amazonie), seul 42% du bois coupé est utilisé par l'industrie, le reste se perd en sciure et en morceaux commercialement inutilisables.
« Pénétrer dans une zone où travaille une scierie, c'est presque voir un champ de bataille : les souches des arbres prélevés sont entourées de troncs à terre, d'arbres cassés, d'autres à moitié morts. Dans les années 2000, plus de 2500 scieries traitaient annuellement 28 millions de mètres cubes de bois. Dix millions d'arbres étaient coupés par an. Des villes sont nées de cette industrie, comme Paragominas, qui regroupait 200 scieries au début des années 1980. Chaque scierie touche un rayon de 10 à 200 kilomètres autour d'elle. Elle retire une dizaine de mètres cubes de bois utilisable par hectare. Une peupleraie bien gérée, en France, a un rendement vingt-cinq fois supérieur. On voit le tableau. Tableau mouvant. Car les scieries se déplacent. Une fois qu'un endroit est épuisé, elles bougent et vont s'installer plus loin, provoquant un effet psychologique : quand une zone a été débarrassée de son bois de valeur, les gens qui arrivent hésitent beaucoup moins à brûler ce qui reste. Cette vision à court terme laisse pantois.
« Des chercheurs ont calculé la durée et le réel rapport de ces cycles prédateurs. Pendant une dizaine d'années, l'économie locale prospère, des emplois sont créés. Quatre mille cinq cents pour un million d'hectares de forêt dense, et 100 millions de dollars de revenus. Mais cela n'a qu'un temps : très vite, les arbres de valeur sont épuisés. On exploite alors les autres, du moins ceux que l'avidité d'atteindre les premiers n'a pas définitivement endommagés. Vingt ans après l'ouverture du front, la manne est épuisée. Il n'y a plus que quelques centaines d'emplois et des revenus de dix millions de dollars. Le sol épuisé n'est plus bon qu'à l'élevage, qui va finir de l'achever. [...] »

 

Amazonie, une mort programmée

Hubert Prolongeau, 04/05/09

Editeur : Arthaud

ISBN : 978-2-7003-0130-4

208 pages

 

 

 



17/09/2014
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