Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

PEROU-BRÉSIL : MËME COMBAT CONTRE LES PEUPLES AUTOCHTONES

10/05/2015

depuis l'Amérique du XIXè siècle, l'histoire se répète.

Source : Survival

 

425.jpgUne tribu amazonienne contactée est frappée de plein fouet par une épidémie qui a déjà provoqué la mort de quelques enfants et infecté des dizaines de personnes...

Les Nanti vivent à l'intérieur de la Réserve Territoriale Nahua-Nanti réservée aux peuples isolés et non-contactés dans le sud-est du Pérou. Là, ils vivent dans les profondeurs de la forêt amazonienne du Pérou. Ils sont à présent menacés par des invasions de leurs terres et par les maladies transmises par les employés des entreprises de forage et des bûcherons déforesteurs.

Les Nanti ont confirmé la mort de quatre enfants appartenant au village isolé et les rapports indiquent que toute la population pourrait être infectée. Au commencement on croyait que la maladie n'était qu'une toux importante mais les autorités considèrent maintenant qu'il pourrait s'agir de la grippe.

Leurs terres ont été envahies par des prospections de gaz et de pétrole depuis le développement de l'énorme projet gasístico Camisea sur leur territoire.

En 2014 le Gouvernement péruvien a approuvé des plans pour s'étendre le projet qui est devenu le plus ambitieux du pays, qui pénétre encore plus dans le cœur de la réserve protégée des Nanti. Les centaines d'Indiens autochtones qui se trouvaient au préalable isolés dans la région ont été déjà exterminés par la violence de foreurs qui volent leurs terres et leurs ressources, et par des maladies comme la grippe et la rougeole contre lesquelles ils n'ont pas d'immunité. Le 18 avril une équipe gouvernementale est entrée dans la réserve et quelques patients ont été évacués de la zone par hélicoptère.

426.jpgL'ONG Survival estime qu’il existe une quinzaine de tribus isolées au Pérou. S’ils vivent dans les régions les plus reculées et isolées de la forêt amazonienne, leur territoire est détruit peu à peu par les envahisseurs étrangers.

Parmi eux figurent les Cacataibos, les Isconahua, les Matsigenka, les Mashco-Piro, les Mastanahua, les Murunahua (ou Chitonahua), les Nanti et les Yora.

De nombreuses menaces

Tous ces peuples sont confrontés aux graves menaces qui pèsent sur leurs terres, leur mode de vie et leur existence même. Ils sont extrêmement vulnérables à toute forme de contact avec des étrangers en raison de leur faible immunité envers les maladies infectieuses occidentales. Si l’on n’agit pas d’urgence, ils disparaîtront.

Ils sont extrêmement vulnérables à toute forme de contact avec des étrangers en raison de leur faible immunité envers les maladies infectieuses occidentales.

 


Cet homme a perdu son œil suite à un coup de feu tiré par un bûcheron. Il témoigne.

 

La législation internationale (convention 169 de l'OIT, cf notre dossier, NdTémoin) reconnaît le droit à la terre des peuples indigènes et leur droit d’y vivre comme ils le souhaitent. Elle n’est respectée ni par le gouvernement péruvien ni par les compagnies qui envahissent les terres indigènes.

Il est courant qu’à la suite d’un premier contact plus de la moitié d’un groupe périsse. C’est même parfois le groupe entier qui disparaît.

 

Un constat : de bonnes raisons pour rester isolés !

Tout ce que nous savons sur ces Indiens confirme qu’ils ne souhaitent aucun contact avec le monde extérieur. Dans les très rares occasions où ils ont été aperçus ou contactés, ils ont clairement manifesté leur intention d’être laissés en paix. Ils réagissent parfois avec agressivité pour défendre leur territoire ou bien ils laissent des signes de mise en garde contre toute approche.

La plupart de ces Indiens ont par le passé été victimes de violences extrêmes et de maladies transmises par les étrangers. Pour nombre d’entre eux, cette souffrance est toujours d’actualité. Ils ont donc de très bonnes raisons de refuser le contact.

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Raya, un aîné nahua. Plus de la moitié de son peuple a été décimée après l'ouverture de son territoire à l'exploration pétrolière. © Johan Wildhagen

 

 POUR TENTER DE COMPRENDRE...

Les menaces

Les ouvriers pétroliers et les bûcherons illégaux représentent les plus grandes menaces auxquelles sont confrontés les Indiens isolés du Pérou.

Le gouvernement péruvien a cédé plus de 70% de sa forêt amazonienne à des compagnies pétrolières. Une grande partie de ces concessions est habitée par des Indiens isolés.

La prospection pétrolière est particulièrement dangereuse pour les Indiens du fait qu’elle ouvre des régions, jusque-là isolées, à de nouveaux arrivants tels que les bûcherons ou les colons qui utilisent les routes et les pistes tracées par les équipes de prospection pour pénétrer dans ces territoires.

428.jpgShell et la tragédie des Nahua

Par le passé, la prospection pétrolière a eu des conséquences dramatiques sur les Indiens isolés.

Au début des années 1980, la prospection pétrolière menée par la compagnie Shell a conduit à des contacts avec la tribu isolée des Nahua. En quelques années, environ la moitié d’entre eux sont morts.

« Tous les membres de mon groupe sont morts. Ils ont commencé à se plaindre de douleurs aux yeux, ils se sont mis à tousser, ils sont tombés malades et sont finalement morts là, dans la forêt », témoigne une femme nahua à propos de son premier contact.

Aujourd’hui, un consortium de compagnies pétrolières, filiales de la compagnie argentine Pluspetrol, qui opère sur le territoire des Indiens nahua prévoit l’expansion du projet gazier controversé de Camisea, le plus important du Pérou.

Il se situe au cœur même d’une réserve créée spécialement pour les tribus non-contactées et isolées tels que les Indiens nanti et matsiguenka. L’expansion du projet risque d’entraîner la disparition de ces tribus vulnérables.

Toutefois, le Pérou qui se flatte d’appliquer « une politique de porte ouverte » vis-à-vis des compagnies internationales encourage activement la prospection pétrolière dans les régions habitées par des Indiens isolés, comme les Mashco-Piro et les Isconahua.

Le mahogany ou l’or rouge

429.jpgL’exploitation forestière illégale est une autre grande menace qui pèse sur les Indiens, surtout celle du mahogany, une essence rare. Ce bois dit « or rouge » en référence à sa couleur proche de l’acajou atteint des prix très élevés sur le marché mondial. Une partie des dernières réserves de mahogany commercialisables de la planète se trouvent dans les forêts tropicales péruviennes, ce qui a déclenché une véritable « ruée vers l’or rouge » pour les dernières d’entre elles.

Malheureusement ces essences se trouvent précisément dans les régions habitées par les Indiens isolés, de sorte qu’en pénétrant sur leurs territoires les bûcherons ne peuvent éviter d’entrer en contact avec eux.

En 1996, des bûcherons clandestins ont forcé le contact avec les Indiens murunahua. Au cours des années qui ont suivi, plus de la moitié des Murunahua sont morts, la plupart à la suite de rhumes, grippes ou autres affections respiratoires.

Le front des bûcherons a également forcé des Indiens isolés à s’enfuir du Pérou vers le Brésil.

 Des preuves ?

Un grand nombre de preuves, sous forme d’enregistrements audio ou vidéo, de photos, d’ustensiles divers, de témoignages et d’interviews, ont été rassemblées au cours des années. 

Ainsi, le 18 septembre 2007, un avion affrété par la Société zoologique de Francfort pour détecter la présence de bûcherons illégaux a survolé une région reculée du sud-est de la forêt péruvienne. Les membres de l’équipage ont repéré un groupe de 21 Indiens, probablement des Mashco-Piro, dans leur campement de pêche provisoire au bord d’une rivière.

Six semaines après cette observation, le président péruvien Alan Garcia déclara dans la presse que les Indiens isolés étaient une pure « invention des écologistes » hostiles à la prospection pétrolière.

 


 

La plupart des Indiens isolés sont nomades. Ils se déplacent en petits groupes familiaux à travers la forêt en suivant le rythme des saisons. Au cours de la saison des pluies, lorsque le niveau des eaux est élevé, les Indiens – qui n’utilisent généralement pas de canoës – s’éloignent des rivières pour vivre dans les profondeurs de la forêt.

Pendant la saison sèche, en revanche, alors que le niveau de l’eau est bas, ils installent leurs campements de pêche dans les plages qui se forment dans les méandres des rivières. Leur présence sur ces plages à cette époque de l’année les rend facilement repérables par les bûcherons et autres étrangers à la région ou bien par les Indiens du voisinage.

 

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Flèches disposées en croix par les Indiens isolés pour interdire le passage dans leur territoire. © Marek Wolodzko/AIDESEP

 

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10/05/2015
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