Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

PÉROU : INDIENS ISOLÉS EN DANGER DE DISPARITION

06/08/2015
De nombreuses menaces

 

486.jpgAu cœur de l’Amazonie péruvienne vivent des groupes d’Indiens qui n’ont volontairement aucun contact avec le monde extérieur. On estime qu’il existe une quinzaine de tribus isolées au Pérou. S’ils vivent dans les régions les plus reculées et isolées de la forêt amazonienne, leur territoire est détruit par les envahisseurs étrangers. Parmi eux figurent les Cacataibos, les Isconahua, les Matsigenka, les Mashco-Piro, les Mastanahua, les Murunahua (ou Chitonahua), les Nanti et les Yora.

 

Les ouvriers pétroliers et les bûcherons qui pénètrent sur leurs terres les exposent à des maladies qu’ils ne connaissent pas. Si l’on ne met pas un terme à ces invasions, ils ne survivront pas.

 

De bonnes raisons pour rester isolés ?

La législation internationale reconnaît le droit à la terre des peuples indigènes et leur droit d’y vivre comme ils le souhaitent. Cette législation n’est cependant respectée ni par le gouvernement péruvien ni par les compagnies qui envahissent les terres indigènes. Voyons voir...

- Tous ces peuples sont confrontés aux graves menaces qui pèsent sur leurs terres, leur mode de vie et leur existence même. Si l’on n’agit pas d’urgence, ils disparaîtront. Ils sont extrêmement vulnérables à toute forme de contact avec des étrangers en raison de leur faible immunité envers les maladies infectieuses occidentales. Il est courant qu’à la suite d’un premier contact plus de la moitié d’un groupe périsse. C’est même parfois le groupe entier qui disparaît.

Des premiers contacts souvent tragiques : Jorge, membre de la tribu murunahua, a été éborgné par le tir d’un bûcheron lors du premier contact. Il retrace cette tragédie.

 


 

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 Raya, un aîné nahua. Plus de la moitié de son peuple a été décimée après l'ouverture de son territoire à l'exploration pétrolière.

© Johan Wildhagen

 

 Les menaces
Les ouvriers pétroliers et les bûcherons illégaux représentent les plus grandes menaces auxquelles sont confrontés les Indiens isolés du Pérou.
 489.jpgLe gouvernement péruvien a cédé plus de 70% de sa forêt amazonienne à des compagnies pétrolières. Une grande partie de ces concessions est habitée par des Indiens isolés. La prospection pétrolière est particulièrement dangereuse pour les Indiens du fait qu’elle ouvre des régions, jusque-là isolées, à de nouveaux arrivants tels que les bûcherons ou les colons qui utilisent les routes et les pistes tracées par les équipes de prospection pour pénétrer dans ces territoires.Par le passé, la prospection pétrolière a eu des conséquences dramatiques sur les Indiens isolés. Au début des années 1980, la prospection pétrolière menée par la compagnie Shell a conduit à des contacts avec la tribu isolée des Nahua. En quelques années, environ la moitié d’entre eux sont morts. 

Aujourd’hui, un consortium de compagnies pétrolières, filiales de la compagnie argentine Pluspetrol, qui opère sur le territoire des Indiens nahua prévoie l’expansion du projet gazier controversé de Camisea, le plus important du Pérou. Il se situe au cœur même d’une réserve créée spécialement pour les tribus non-contactées et isolées tels que les Indiens nanti et matsiguenka. L’expansion du projet risque d’entraîner la disparition de ces tribus vulnérables.

« Tous les membres de mon groupe sont morts. Ils ont commencé à se plaindre de douleurs aux yeux, ils se sont mis à tousser, ils sont tombés malades et sont finalement morts là, dans la forêt ». témoigne une femme nahua à propos de son premier contact. Cependant, le Pérou qui se flatte d’appliquer « une politique de porte ouverte » vis-à-vis des compagnies internationales encourage activement la prospection pétrolière dans les régions habitées par des Indiens isolés, comme les Mashco-Piro et les Isconahua.

490.jpgL’exploitation forestière illégale est une autre grande menace qui pèse sur les Indiens, surtout celle du mahogany, une essence rare. Ce bois dit or rouge en référence à sa couleur proche de l’acajou atteint des prix très élevés sur le marché mondial. Une partie des dernières réserves de mahogany commercialisables de la planète se trouvent dans les forêts tropicales péruviennes, ce qui a déclenché une véritable ruée vers l’or rouge pour les dernières d’entre elles. Malheureusement ces essences se trouvent précisément dans les régions habitées par les Indiens isolés, de sorte qu’en pénétrant sur leurs territoires les bûcherons ne peuvent éviter d’entrer en contact avec eux.

En 1996, des bûcherons clandestins ont forcé le contact avec les Indiens murunahua. Au cours des années qui ont suivi, plus de la moitié des Murunahua sont morts, la plupart à la suite de rhumes, grippes ou autres affections respiratoires.

Le front des bûcherons a également forcé des Indiens isolés à s’enfuir du Pérou vers le Brésil.

 

Un grand nombre de preuves, sous forme d’enregistrements audio ou vidéo, de photos, d’ustensiles divers, de témoignages et d’interviews, ont été rassemblées au cours des années. Le gouvernement péruvien a nié leur existence mais la preuve est irréfutable. Dans cette courte vidéo, Teodoro décrit sa rencontre avec un groupe d’Indiens isolés.
Ainsi, le 18 septembre 2007, un avion affrété par la Société zoologique de Francfort pour détecter la présence de bûcherons illégaux a survolé une région reculée du sud-est de la forêt péruvienne. Les membres de l’équipage ont repéré un groupe de 21 Indiens, probablement des Mashco-Piro, dans leur campement de pêche provisoire au bord d’une rivière. Six semaines après cette observation, le président péruvien Alan Garcia déclara dans la presse que les Indiens isolés étaient une pure « invention des écologistes » hostiles à la prospection pétrolière.

Tout ce que nous savons sur les Indiens isolés confirme qu’ils ne souhaitent aucun contact avec le monde extérieur. Dans les très rares occasions où ils ont été aperçus ou contactés, ils ont clairement manifesté leur intention d’être laissés en paix. Ils réagissent parfois avec agressivité pour défendre leur territoire ou bien ils laissent des signes de mise en garde contre toute approche. La plupart de ces Indiens ont par le passé été victimes de violences extrêmes et de maladies transmises par les étrangers. Pour nombre d’entre eux, cette souffrance est toujours d’actualité. Ils ont donc de très bonnes raisons de refuser le contact.

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Flèches disposées en croix par les Indiens isolés pour interdire le passage dans leur territoire.

© Marek Wolodzko/AIDESEP

 

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08/08/2015
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