Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

PEUPLES AUTOCHTONES, PEUPLES TRIBAUX

21/03/2014

Essai de caractérisation

 

 

176.jpgSi l'appellation péjorative de « peuple primitif » a été finalement délaissée, on a évoqué par la suite les termes de « peuple aborigène, « peuple premier », « peuple racine », « première nation » ou « peuple natif ». Actuellement deux appellations semblent faire consensus : celles de peuple autochtone et de peuple indigène qui cependant, semble-t-il, font parfois débat. En fait il n'existe aucune définition internationale sur le plan du droit, de par la diversité des situations. Cette difficulté a amené les rédacteurs de la convention 169 de l'OIT à décrire, dans son article 1, les peuples qu'elle vise à protéger plutôt qu'à leur attribuer une définition stricte.

 

Article 1

1. La présente convention s'applique :

a) aux peuples tribaux dans les pays indépendants qui se distinguent des autres secteurs de la communauté nationale par leurs conditions sociales, culturelles et économiques et qui sont régis totalement ou partiellement par des coutumes ou des traditions qui leur sont propres ou par une législation spéciale ;
b) aux peuples dans les pays indépendants qui sont considérés comme indigènes du fait qu'ils descendent des populations qui habitaient le pays, ou une région géographique à laquelle appartient le pays, à l'époque de la conquête ou de la colonisation ou de l'établissement des frontières actuelles de l'État, et qui, quel que soit leur statut juridique, conservent leurs institutions sociales, économiques, culturelles et politiques propres ou certaines d'entre elles.
2. Le sentiment d'appartenance indigène ou tribale doit être considéré comme un critère fondamental pour déterminer les groupes auxquels s'appliquent les dispositions de la présente convention.
Malgré la diversité de leurs situations, les peuples autochtones partagent une série de caractéristiques et une expérience commune face au monde occidental : la préexistence, la non-domination, la différence culturelle, l'auto-identification en tant que peuple autochtone., la forte dépendance vis-à-vis d'écosystèmes nourriciers, une organisation basée sur le mode des sociétés pré-capitalistes.
Les communautés autochtones ont comme point commun qu'elles ne sont pas (encore) diluées dans le monde (moderne et occidental) qui les entoure. Une abondance de formes sociales subsiste à l'uniformisation du monde entraînée par la globalisation du marché et par la mondialisation des rapports sociaux. Dans la pratique, très souvent, ces populations sont sous domination, elles ne peuvent accéder à leurs propres ressources naturelles, elles sont exploitées économiquement par les sociétés voisines et elles sont niées culturellement. 
La notion de peuple autochtone peut se définir à partir de trois approches majeures, chacune ayant leurs caractères relatifs et contextuels (source : http://www.icrainternational.org/ :
177.jpgL'approche structuraliste :

Elle définit les peuples autochtones en fonction de leur position au sein de la structure sociale du pays dans lequel ils vivent.

Très souvent, ces populations sont sous domination, privées d'un accès libre à leurs propres ressources naturelles. Elles sont en minorité politique au sein d'Etats-nations qui ont beaucoup de mal à les reconnaître.

Elles sont exploitées économiquement par les sociétés voisines dominantes et modernisées et niées culturellement par des élites vouées à la culture dominante.

 

L'approche culturelle :

Elle met en avant les aspects culturels des autochtones, comme par exemple la langue, les représentations et habitudes collectives, les rapports sociaux, le rapport à la nature. Les peuples autochtones se caractérisent ainsi par une forte dépendance vis-à-vis d'écosystèmes nourriciers proches. Ils utilisent de façon respectueuse et le plus souvent communautaire les ressources naturelles et développent une solidarité environnementale inter et intra-générationnelle.

Sur le plan social, les caractéristiques de l'organisation des peuples autochtones se rapprochent de celles des sociétés pré-capitalistes. On remarque ainsi des rapports de parenté dominants, un mode de transmission orale des savoirs, un droit coutumier et une pensée de type symbolique.

On note également une forte cohésion sociale où les sphères économique et politique s'insèrent dans les sphères socioculturelle, symbolique et environnementale. Le lien y prime sur le bien.

 

L'approche historique :

Elle se fonde sur le critère d'antériorité ou sur celui du premier occupant, notion que l'on retrouve dans l'appellation « peuples premiers ». Ainsi, les peuples autochtones sont l'ensemble des peuples issus des sols mêmes où leurs ascendants habitaient avant les différents processus de colonisation. Cette approche est cependant bien difficile à utiliser, faute souvent de connaissances historiques précises.

Sur le plan international, avec l'adoption en 1989 de la convention 169 par l'Organisation Internationale du Travail (OIT), les choses ont un peu progressé au cours de ces dernières années, mais très inégalement selon les états et leur probité. Cette convention définit les peuples autochtones en combinant les critères historiques et culturels. Elle constitue encore aujourd'hui le texte légal de référence et sert de point d'appui à de nombreuses revendications autochtones de par le monde.

 

En résumé :

Éléments d’identification des peuples autochtones, entre autres :

- Une continuité historique, c’est-à-dire que ce sont des sociétés antérieures à la conquête/ colonisation ;

- Des racines territoriales (leurs ancêtres habitaient déjà le pays ou la région) ;

- Des institutions sociales, économiques, culturelles et politiques distinctes (ils ont conservé certaines ou toutes leurs institutions).

Éléments d'identification des peuples tribaux, entre autres :

- Une culture, une organisation sociale, une situation économique et un mode de vie qui se distinguent de ceux du reste de la population d’un pays, notamment au niveau des modes de subsistance, de la langue etc. ;

- Des traditions et coutumes qui leur sont propres et/ou un statut juridique spécial.

 

 

Cette convention constitue une réelle avancée. En effet, elle met l'accent sur la possibilité pour les peuples autochtones de s'auto-identifier et reconnaît l'existence de groupes sociaux caractérisés par des dynamiques distinctives. Malheureusement elle n'a pas force de loi, bien qu'elle constitue une alliée de choix pour les peuples autochtones dans leur lutte pour le respect de leurs droits.

 



21/09/2014
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