Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

PROBLÉMATIQUE DE LA CONSERVATION

23/11/2014

Parcs ou peuples ? Les peuples autochtones sont illégalement expulsés de leurs terres ancestrales au nom de la « conservation »

Source : Survival

 

 

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Peu de communautés acceptent de perdre leurs territoires et leurs moyens de subsistance pour faire place à des parcs nationaux. On les comprend. Mais les conséquences peuvent être très graves lorsqu’ils résistent. Des peuples indigènes du monde entier dénoncent les coups, les détentions arbitraires, le harcèlement et même la torture dont ils sont victimes, lorsqu’ils s’opposent à la perte de leurs territoires ancestraux pour faire place à une zone protégée.

En réaction à la critique, de nombreuses organisations de conservation ont été contraintes de fixer des normes relatives aux peuples indigènes. En théorie, elles soulignent la nécessité d’acquérir le consentement libre, préalable et éclairé des communautés, avant de se lancer dans la création d’une zone de conservation. Elles reconnaissent également le droit des peuples indigènes à continuer de bénéficier des ressources naturelles de la région.

Cependant, en pratique, ces politiques sont rarement mises en œuvre. Dans certains pays d'Afrique, par exemple, des brigades anti-braconnage harcèlent, intimident et battent régulièrement les populations qui pénètrent dans leur forêt ; en Inde, les peuples tribaux sont encore expulsés pour faire place à des réserves de tigres. Ailleurs, la pêche est interdite aux populations traditionnelles...

14 novembre 2014 : un nouveau rapport révèle la face cachée de la conservation

Un nouveau rapport lancé par Survival International – le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes – révèle comment la conservation a conduit à l’expulsion de millions d’autochtones de « zones protégées ».

Les peuples indigènes sont les meilleurs gardiens du monde naturel. Le nouveau rapport de Survival révèle que les plus grandes organisations de préservation de la nature sont impliquées dans leur expulsion de « zones protégées ».

Plusieurs organisations de conservation parmi les plus importantes au monde, telles que le WWF et The Nature Conservancy sont impliquées dans ce scandale. Et United for Wildlife, l’organisation fondée par le prince William et le prince Harry, ignore les appels qui lui ont été lancés visant à garantir les droits des peuples indigènes à vivre sur leurs terres ancestrales et à y pratiquer la chasse de subsistance.

Le lancement du rapport Parcs ou peuples ? coïncide avec la Conférence mondiale des parcs naturels qui a lieu à Sydney, une conférence sur la conservation des aires protégées qui se tient chaque décennie (celle-ci, d'ailleurs, prècède le lancement de United for Wildlife par le Prince William et sa femme Kate aux États-Unis le mois prochain).

Le rapport de Survival montre que la plupart des zones protégées sont, ou ont été, les terres ancestrales de peuples indigènes qui en dépendent et qui les gèrent depuis des millénaires. En dépit de cela, au nom de la « conservation » :

• Des peuples indigènes sont illégalement expulsés de leurs terres ;

• Ils sont accusés de « braconnage » parce qu’ils chassent pour se nourrir ;

• Ils sont confrontés aux arrestations, aux coups, à la torture et à la mort aux mains de brigades anti-braconnage ;

• Si les autochtones ont été expulsés de leurs terres, on y accueille les touristes, et même dans certains cas, des chasseurs de gros gibier !

 

Des exemples

 

Réserve du Kalahari central, Botswana.

256.jpgLa Réserve du Kalahari central a été créée en 1961 comme un lieu de refuge pour les Bushmen. Aujourd’hui, suite à la découverte de gisements de diamants dans la réserve, le gouvernement botswanais a entrepris d’expulser les Bushmen de leur territoire au nom de la « conservation ».

Les Bushmen de la Réserve du Kalahari central sont les derniers groupes de chasseurs-cueilleurs d’Afrique. Ils ont été illégalement expulsés de leur territoire ancestral au nom de cette « conservation ». En 2014, le président Khama a agi contre la Constitution en interdisant la chasse au niveau national ; les organisations internationales de conservation ont  fait son éloge. Les chasseurs de trophées, en revanche, sont exemptés de l’interdiction. Les Bushmen sont accusés de braconnage parce qu’ils chassent pour se nourrir. Et ils risquent les arrestations, les coups et la torture, tandis que les chasseurs de trophées ont tout loisir de tuer « pour le sport ».

Chassés de la réserve, les Bushmen ont été réduits à la famine. Privés de moyens de subsistance dans la réserve, ils sont forcés, une fois de plus, de retourner dans les camps gouvernementaux de relocalisation qu’ils appellent lieux de mort.

 

• Territoire Baka, sud-ouest du Cameroun
Dans le sud-est du Cameroun, une grande partie du territoire ancestral des Baka a soit été désignée parc national – Boumba Bek, Nki et Lobeke – soit octroyée à des sociétés de chasse à safari. Les Baka ont été destitués de leurs droits sur leur terre.
En théorie, les Baka sont autorisés à pénétrer dans certaines parties des parcs mais, en réalité, leurs droits sont fréquemment ignorés par les gardes forestiers.

Dans certaines régions, la situation est encore pire. Les gardes forestiers et les soldats qui les accompagnent arrêtent, extorquent, harcèlent les Baka et vont jusqu’à torturer des hommes et des femmes. Certains n’ont pas survécu à la torture des brigades anti-braconnage. Un fonctionnaire a même ouvertement admis que la torture n’était pas seulement acceptable mais nécessaire dans la lutte contre le braconnage.

257.jpgExpulsées de la forêt, de nombreuses communautés Baka connaissent un déclin important de leur état de santé. Vivant dans des villages au bord de la route, elles sont exposées aux maladies, telles que la malaria.

Elles n’ont plus accès aux plantes médicinales de la forêt qui les aident à rester en bonne santé et doivent dépendre d’autres aliments de valeur nutritive beaucoup plus pauvre. L’alcoolisme progresse dangereusement.

 

• Réserves de tigres, en Inde : expulsions illégales, menaces et abus

255.jpgEn Inde, des peuples tribaux sont illégalement expulsés de leurs terres ancestrales au nom de la protection des tigres. On leur promet d’autres terres, de nouvelles maisons et de l’argent mais ce ne sont que des mensonges : ils reçoivent très peu ou souvent rien et sont souvent abandonnés en dehors de leur territoire dans des conditions abjectes. Cette pratique est illégale – la loi stipule qu’ils sont autorisés à rester, mais les gardes forestiers les arrêtent, leur font payer des amendes, les frappent et les intimident jusqu’à ce qu’ils quittent leur territoire.

Rien ne prouve que ces pratiques protègent les tigres : en fait, il est plus probable qu’elles leur nuisent. Les peuples tribaux sont les meilleurs protecteurs de l’environnement et les meilleurs gardiens du monde naturel – ils devraient se trouver en première ligne de la protection des tigres, ils en sont pourtant exclus.

Loin de tuer les tigres, ils les considèrent comme sacrés. Des exemples prouvent même qu’il y a davantage de tigres dans des zones où les tribus n’ont pas été expulsées. Un afflux de touristes peut stresser les animaux; le bétail ne peut plus servir de proie aux tigres.

253.jpgLes vies des peuples tribaux sont détruites par l’industrie de la conservation, mais nous savons que les peuples autochtones prennent mieux que quiconque soin de leur environnement.

 

Comment faut-il le dire, ce qu'ils ont à nous dire ?

« - Nos grands-parents ont toujours vécu avec les animaux et ont pris grand soin d’eux. Mais on nous en éloigne. On doit nous rendre notre terre. À présent, il nous est très difficile de survivre ».

« - Nous voulons qu’on nous rende notre forêt. Non pas pour braconner mais pour y vivre bien comme avant ».

« - Nous ne sommes pas séparés de l’environnement ; nous sommes en lui et il est en nous ; nous le façonnons et il nous façonne ».

« - Je m’assieds et regarde autour de moi. Partout où il y a des Bushmen, il y a du gibier. Pourquoi ? Parce que nous savons prendre soin des animaux ».

 

CQFD :

254.jpgCes deux cartes sont identiques, à neuf années près. L'on voit bien que les zones de déforestation (en rouge) sont croissantes exponentiellement d'une part, mais d'autre part sont stoppées aux limites de la zone du Xingu, terre amérindienne « démarquée », cartographiée, au Brésil. Nous savons, et l'exemple de ces deux cartes le montre bien, que les peuples autochtones sont les meilleurs défenseurs de l’environnement et les meilleurs gardiens du monde naturel. Ils connaissent leurs terres et savent en prendre soin mieux que quiconque.

 

Les organisations de préservation de l’environnement doivent admettre cette évidence et repenser leur approche de la conservation pour se conduire comme elles sont censées le faire. Ces organisations ont le devoir de respecter la législation internationale, de protéger les droits territoriaux des peuples indigènes, de les consulter sur le type d’aide dont ils ont besoin pour protéger leur territoire, d’être à leur écoute et prêtes à les soutenir autant qu’elles le peuvent.

N'oublions jamais que ce sont les pays du nord qui ont, dans tous les cas, vidé les pays du sud de leur substance et mis tous les équilibres écologiques en péril. Ceci devrait nous amener à faire preuve d'un peu d'humilité envers ces peuples qui mènent depuis des millénaires une économie de conservation durable.

Cela implique, de toutes les façons, que les états - même la France, qui ne l'a toujours pas fait - ratifient et mettent  en application la convention 106 de l'OIT. Sans un cadre contraignant, les voyous du business tourisme (vert ou pas) continueront de nuire...

 Consultez :

Le rapport (en anglais) de Survival International

le dossier du Témoin en Guyane sur la convention n° 106 de l'OIT



23/11/2014
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