Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

QU'EST-CE QUI SECOUE LA GUYANE EN CET ÉTÉ ?

25/07/2017

 

La France offre la Guyane en cadeau

aux compagnies extractivistes canadiennes et russes

Sources : Collectif Or de question,

https://sites.google.com/site/maiourinature/le-projet-minier-nordgold

& sources personnelles.

 

 

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Qu'est-ce qui secoue la Guyane en cet été 2017 ? En fait, la menace n'est pas nouvelle. Elle date de deux ans déjà. La première alerte que je lançai via ce blog date du 27 juillet 2015
voir ici, puis du 14 juillet 2016 réitérée le 13 avril dernier voir ici. Un autre article en date du 26 juillet 2016 réitéré également le 13 avril dernier essayait de déconstruire la notion de «capitalisme vert» tout en montrant la collusion entre trois de nos personnalités et les directoires de ces deux multinationales voir ici. Ou en est-on aujourd'hui ?
Des clés pour comprendre

 
Depuis bientôt 10 ans, nous ne cessons de suivre et d'enregistrer, en provenance du monde entier, tant des
scientifiques, journalistes ou associations, l'impact mortifère et les dégâts irréversibles de l'Extractivisme minier, une exploitation qui n'a jamais développé les pays dans lesquels il s'est implanté. Du Pérou à la Creuse, la résistance s'organise.

717.jpgLa Guyane est la seule partie de l'Europe à posséder une forêt tropicale primaire à la biodiversité d'une richesse incomparable, qui reste, encore en partie, à découvrir et exige d'être protégée. Autoriser un complexe minier de l'envergure envisagée dans une vallée séparant deux Réserves biologiques intégrales (de Lucifer et Dekou-dekou) est une aberration écologique.
La France qui, lors de la COP21, a invité les dirigeants du monde entier à engager la transition énergétique face au réchauffement climatique, ne saurait accepter un projet qui générera un maximum de gaz à effet de serre (GES) pour se fournir en électricité, une saignée de 120 km à travers la jungle, en parallèle de l'actuelle piste de Paul Isnard, pour une ligne haute tension, d'une route élargie et bitumée, source de destructions supplémentaires, sans compter le gaspillage d'immenses quantités d'eau et les séquelles de l'après-mine parfaitement connues,
recensées et prévisibles (D.A.M, les risques ruptures de digues etc...).

En matière d'énergie, trois hypothèses : la création d'un barrage plus grand que celui de Petit-Saut pour satisfaire l'ensemble des trois projets de méga-mine, d'une usine alimentée en bois de forêt primaire ou une nouvelle centrale thermique à Saint-Laurent.

 

Par ailleurs ces aménagements énergétiques ne serviront pas à la population car ne couvriront que les besoins en énergie de l'infrastructure extractive. Ce projet ne correspond, en outre, à aucun besoin vital pour les populations car utilisé principalement pour la bijouterie. En effet, les coffres de la Banque de France recèlent plus de 2500 tonnes d'or. Largement de quoi alimenter les besoins de l'électronique, nanomedecine et dentisterie.

725.jpg Le titre minier de la Montagne d’or situé à 120 km de St-Laurent-du-Maroni est détenu par la multinationale canadienne, junior (1), Colombus Gold. La production serait gérée par une autre multinationale, dite Major (1) NordGold d'origine et à capitaux russes, dont le siège est à Moscou, mais est opportunément immatriculée aux Pays-Bas. Elle exploite des mines d’or, dans un premier temps uniquement en Russie, puis elle a étendu ses activités au Kazakhstan, en Guinée, au Burkina Faso et au Canada. Nordgold est cotée à la Bourse de Londres depuis 2012. Au Burkina Faso, elle possède la mine de Bissa et une autre mine à Taparko.

 

Les agissements de cette société russe ont fait l'objet d'une enquête puis d'un rapport, à l'initiative d'une ONG catholique, basée en Suisse, qui dénonce régulièrement les exactions de l’industrie aurifère dans le monde. Dans un rapport de février 2016, elle présente, en détail, le cas de deux mines du Burkina Faso, dont l’une est la propriété d’Iamgold et l’autre, de Nordgold. Le bilan est sans appel : ces mines sont le théâtre de violations des droits humains et de dommages sur les milieux naturels. « L’or ne brille pas pour tout le monde de la même manière. Dans beaucoup d’endroits,  l’exploitation aurifère détruit les bases de l’existence de populations, porte atteinte aux droits humains ».

En conclusion, l’ONG déclare : « Les sociétés minières présentes au Burkina Faso, en l’occurrence Iamgold, Nordgold et Amara Mining, ont une grande responsabilité dans les violations des droits humains que nous avons exposés ». Pour rappel, Iamgold célèbre pour son projet avorté de mine d'or à ciel ouvert sur la montagne de Kaw (Guyane), possède encore des centaines d'hectares de concessions minières en Guyane, qu'elle espère bien exploiter.

Des méthodes d'exploitation aberrantes

A force de dynamitage et raclage par des engins de chantiers gigantesques, on va extraire puis broyer la roche dans des concasseurs très énergivores. Le contenu fera ensuite l’objet d’un complexe processus de cyanuration (cyanure et bien d’autres produits chimiques) afin de récupérer 1,50 gr, en moyenne, du métal jaune, par tonne de roches. Chaque tonne de roche broyée, déduction faite de son infime teneur en or, devient alors « stérile » pour l’industriel mais surtout des déchets miniers pour les citoyens guyanais.

Ces masses seront alors stockées, ad vitam æternam, aux abords de la mine, sur des centaines d’hectares.

De cette fosse qui à terme, s’étendra sur 2,5 km de long, 500 m de large et plus de 400 m de profondeur, c’est près de 400 millions de tonnes de roches qui seront extraites et/ou réduites en poudre !

Ce broyat monumental de roche, contient des éléments chimiques qui sont naturellement associés aux filons d’or, à savoir des teneurs en métaux lourds, potentiellement du cadmium, plomb, antimoine, arsenic et mercure naturel.

 

Ces composants chimiques, inoffensifs tant qu’ils sont dans les entrailles du sol, deviennent de puissants toxiques pour l'écosystème et l'Homme, une fois rendus solubles lors du processus industriel. Imaginez le devenir de ces terrils de déchets miniers, de dizaines de mètres de haut, répandus sur des centaines d’hectares, dès qu’ils seront lessivés par les pluies de nos contrées. Dans quelques dizaines d'années, il se produira probablement ce qu’on appelle le « drainage minier acide » (DMA) qui peut contaminer tout d’abord le chevelu hydrographique du secteur (criques et fleuves) puis parvenir, à terme, sur nos côtes, nos terres agricoles, avant de finir dans nos assiettes, à l'instar des mines de métropole.

 

Endiguements : de la poudre aux yeux à court terme!727.jpg

Les industriels prétendent que les déchets miniers seront retenus par des digues sur le long terme, quelque soit l’importance des saisons des pluies. Or, l'actualité nous informe régulièrement de la destruction accidentelle de ces digues, pour cause de mauvaise construction, de manque d'entretien et/ou par la violence des précipitations en zones tropicales. Rappelons pour l'heure, la rupture de barrages miniers au Brésil, en novembre 2015, qui a provoqué une coulée de boues toxiques sur 800 km. Les images ici.

Même sans accident, la pollution risque d'affecter aussi les nappes phréatiques. Les géotextiles exigés par la DEAL risquent d'être en piteux état, dans 10 ou 20 ans, au regard de la rigueur de nos climats sur toutes les matières.

 

« On ne peut pas faire de grosses mines en Guyane, avec les précipitations, on ne va pas arriver à gérer les déchets. Devant les difficultés techniques, l’opérateur va faire des choix et le seul arbitrage qui existe, c’est l’argent », commente de son côté un membre de l’association Ingénieurs sans frontières, qui connaît bien la situation en Guyane pour avoir travaillé dans le secteur minier. Ses craintes s’appuient sur les difficultés déjà rencontrées sur des sites où une exploitation de l’or primaire est déjà en cours, comme à Espérance, Dieu-Merci, Saint-Élie et Yaou. 

 CE QU'IL FAUT SAVOIR
L'emploi et les retombées économiques :

Il suffit de connaître le processus d'implantation d'une mine pour mieux comprendre la désillusion rapide des nations qui accueillent ces multinationales.

« Actuellement, dans le secteur minier international privé, il est important de distinguer deux grands types de sociétés :

- les sociétés d'exploration, que l'on appelle les juniors,

- les sociétés d'exploitation que l'on appelle les majors.

 

Les entreprises juniors sont en général de taille très modeste. La plupart d'entre elles n’ont pas plus d’une dizaine d’employés. Enregistrées sur les marchés boursiers hautement permissifs, elles ne tirent des bénéfices que de la spéculation et financent leurs campagnes d’exploration en levant des fonds (des capitaux à risque) sur ces marchés boursiers (…)

Les juniors se consacrent exclusivement à l’exploration et à la prospection minière (...) alors que leurs actionnaires spéculent et génèrent des gains considérables grâce aux seules effets d’annonces dans les médias, et à la volatilité intrinsèque des prix des actions dans le secteur.

- Les majors sont au contraire de grandes entreprises établies. Elles disposent d’un capital boursier important, exercent une influence politique et économique considérables sur les autorités politiques nationales, et, sont capables de mobiliser les fonds et les moyens humains et technologiques pour mettre en œuvre l’exploitation minière. »

(Extrait de l'analyse que William Sacher, doctorant en Economie à Quito.

 

Aussi, les promesses engagées par une junior sont rarement tenues par une major. Celle qui vient d’acquérir, à prix fort, une mine, clé en main, n'a qu'un objectif : valoriser au plus vite et au meilleur taux, l'investissement de ses actionnaires. Le devenir des pseudo endiguements dans 20 ans, les promesses d'emplois et de formations, les prévisions d'investissements économiques et de développement social, seront rapidement, dès la première chute du cours de l'or, caduques.

Si les mines rapportent plusieurs milliards d’euros à leurs actionnaires, cette valeur exorbitante ne profite pas aux populations impactées par les différentes nuisances, ni à leur pays. L’intérêt général n’a jamais été démontré. D'ailleurs...

La Bolivie, nation voisine, occupée depuis des années par un nombre important de transnationales (or, pétrole, diamant), sans doute la plus imprégnée par l'industrie extractiviste, demeure un des pays les plus pauvres dAmérique du Sud.

 

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Que représente en effet notre ridicule taxe minière (2%), face aux 100 millions d
euros sur fonds publics exigés par la construction d’infrastructures à lusage exclusif du minier, comme celle d’une centrale électrique, linstallation de lignes à haute tension à travers la jungle, le bitumage sur 63 km et l’entretien onéreux de la future « Route de Paul Isnard » au service quasi-exclusif des poids lourds de lindustriel ?

Sans compter les coûts engendrés par la mobilisation des différents services de lEtat, le manque a gagner des défiscalisations et autres avantages financiers, et malheureusement, ceux à prévoir pour les réhabilitations et dépollutions de laprès mine.

 

OR DE QUESTION

 

728.jpgest un Collectif citoyen opposé aux projets industriels d'exploitation minière, apolitique et non violent.

 

 

Il s'est constitué au fil de la lutte de plus d'une centaine d'associations,  d'ONG et de mouvements.

 

Ses principales revendications, en cinq points, sont à consulter ici.

 Le 3 juillet dernier nous découvrions sur le site de la DEAL Guyane qu'un avis d'enquête publique avait été publié concernant le projet Montagne d'Or. Cette enquête était ouverte... depuis le 29 juin dernier, date à laquelle les cadres de Montagne d'Or organisaient une conférence de presse à Saint Laurent du Maroni. À aucun moment, l'ouverture de cette enquête publique n'a été évoquée lors de cette conférence de presse. Outre le fait, comme à l’accoutumée d'ailleurs, qu'une enquête publique sur un projet aussi important pour la Guyane et les Guyanais soit planifiée en pleine période de vacances estivales, nous nous étonnons du manque de transparence concernant l'information au public. Cette enquête publique était ouverte sur une durée de 1 mois : du 29 juin au 28 juillet ! Mais le dossier n'était pas téléchargeable, ce qui est illégal. Il aura été mis en ligne au 10 juillet, soit au bout de 11 jours sur les 30 de l'enquête.

Après un tollé général de nombre d'associations et de citoyens influents, cette enquête a été prolongée d'un mois, soit jusqu'au 25 août. Il  reste à noter que nous sommes toujours en période de vacances...

Télécharger les dossiers consultables :  ici 

Émettre un avis sur le projet (formulaire personnalisé, très rapide) :  ici 

 

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25/07/2017
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