Un témoin en Guyane

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SECOND TOUR DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES AU BRÉSIL : J-2

24/10/2014

Aécio Neves vs Dilma Rousseff : des résultats très incertains...

 

 

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À quatre jours du second tour de l’élection présidentielle brésilienne (26 octobre), le dernier sondage réalisé par l’institut Datafolha le mardi 21 octobre confirme que Dilma Rousseff conserve son avantage sur Aécio Neves avec 52% contre 48%.
Contrairement au marché et aux investisseurs étrangers, les Brésiliens considèrent que les indicateurs économiques du Brésil vont s’améliorer et cela permet à Dilma Rousseff de conserver le leadership électoral (Sondage Datafolha réalisé le mardi 21 octobre auprès de 4.355 electeurs dans 256 communes).
Il faut bien tempérer tout cela. Rien n'est joué et divers faits sont à prendre en compte, comme le report des électeurs de Marina Silva, candidate parvenue troisième avec 20% des voix au premier tour, qui appelle à voter pour le candidat dont la droite rêve pour revenir au pouvoir, Aécio Neves.
Tout d'abord, cette élection a lieu après plus d'un an de contestation de la rue, rappelons les manifestations monstres de ces derniers mois où des millions de Brésiliens se sont mobilisés. Ensuite, ce fut la « catastrophe nationale » de la copa de futebol. Enfin, les sondages sont plutôt en « mode balance » : d'autres estimations présentent d'autres chiffres et ce même institut Datafolha, il y a une quinzaine de jours, donnait Aécio vainqueur avec 51% des vois contre 49% à Dilma. Et surtout, n'oublions pas, cerise sur le gâteau empoisonné, la contestation des peuples autochtones qui frôle parfois la révolte armée, même s'il ne s'agit encore que d'arcs et de flèches (pour combien de temps ?). Même s'ils sont en nombre insuffisant pour faire pencher de leur seul poids la balance électorale, il nous faut garder à l'esprit qu'ayant réussi quelques opérations de bonne communication ils bénéficient d'un crédit-sympathie grandissant.
210.jpgCela, Dilma l'a bien compris, semble-t-il. Après le clash de la réunion en juin dernier avec les représentants des peuples Guarani-Kaiowá-Terena, comme suite aux violentes expulsions qui s'étaient soldées en mai par la mort par balle d'un Indien Terena et des blessures pour plusieurs autres, les caciques s'étaient retirés en déclarant que « jamais, pour rien au monde », ils ne quitteraient leurs terres. Lisez, ci-dessous, de larges extraits de la lettre qu'elle a depuis adressée à toutes les autorités autochtones.

Lettre aux Peuples autochtones du Brésil

Compagnons Indiens, vous les premiers Brésiliens,

L'année dernière, nous avons vécu des jours intenses. Vous vous souvenez, des foules de Brésiliens sont descendus dans la rue pour réclamer des améliorations sociales et démocratiques. Dans cette même période, je recevais également des dirigeants autochtones de tout le Brésil.

Après cela les différents dirigeants autochtones ont décidé de respecter notre Constitution [et nous avons pris les mêmes engagements]. Après vous l'avoir déclaré au cours de cette réunion je vous l'écris maintenant : rien, en ce qui concerne les droits des peuples autochtones ne sera changé dans la constitution !

J'ai été saisie de nombreuses réclamations, notamment en ce qui concerne le zonage de vos terres. Nous savons tous qu'il y a des personnes qui outrepassent vos terres. Vous en subissez les conséquences, principalement dans l'ouest, le sud et le nord. Nous devons réagir à ce problème.

Construite au cours des dernières années, avec la participation de représentants autochtones, nous avons mis en place une politique de discrimination positive envers vos peuples, notamment en ce qui concerne l'admission d'étudiants autochtones dans les universités publiques fédérales, la prise en compte des cultures indigènes, l'inclusion des familles les plus nécessiteuses dans les programmes de Bolsa familia [...],

J'ai l'immense plaisir de vous annoncer que je vais signer le décret relatif à la création de la Politique nationale de Gestion de l'Environnement du Territoire et des Terres autochtones (PNGATI). C'est la clé d'une politique de prise en compte des peuples autochtones.

Par ces politiques, nous voulons combler la lourde dette historique de l'État brésilien envers les Peuples autochtones [...]. Nous tiendrons nos engagements de renforcement de la Fondation nationale des Indiens (FUNAI) [...] ; de faire progresser la réglementation et le Droit de demander la consultation préalable, libre et éclairée, conformément à la Convention de l'OIT 169*.

Je compte sur votre soutien afin que, durant les quatre années prochaines, nous puissions relever ensemble ces défis et tenir nos engagements, pour garantir une bonne vie à tous les peuples autochtones du Brésil.

Dilma Rousseff, présidente du Brésil

* Que la France refuse toujours obstinément de signer (NdTémoin).

 Gageons que les Peuples Amérindiens auront reçu le message et ne seront pas spoliés une fois de plus... Mais Dilma (si elle l'emporte) est-elle de taille à s'interposer entre des peuples armés d'arcs et de flèches et des tueurs au service d'élus corrompus et de multinationales qui déforestent puis installent sur les terres indiennes des éleveurs et des cultivateurs de soja transgénique ?

 

 



24/10/2014
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