Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

TERRES INDIENNES, TERRES BRÛLÉES

28/11/2015

 

Un incendie majeur, sans doute d'origine

criminelle, dévaste les terres des Indiens Awá

Source : Teresa Amaral

http://odescortinardaamazonia.blogspot.fr/

Traduction : Joël Roy

 

 

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Un incendie majeur avance par les zones forestières de l'est de l'Amazone, dans l'État de Maranhão depuis deux jours. Le feu a atteint les terres des Awa-Guajá, une ethnie établie dans l’état du Maranhão. C’est l’un des peuples les plus menacés au monde.

On soupçonne que l'incendie aurait été causé par des groupes de bûcherons qui agissent illégalement sur la zone. À ce jour, aucun organisme d'État, aucune institution responsable ne sont encore arrivés sur les lieux pour tenter de contenir les flammes.

 Les Awá sont l'un des derniers peuples nomades de chasseurs-cueilleurs au Brésil. Considérés par l'organisation Survival International comme « la tribu la plus menacée du monde », les Awá vivent « au plus près de ce qu'on pourrait appeler un génocide, au Brésil », selon le chef de la Coordination générale des Indiens isolés de la FUNAI, Carlos Travassos. Ils sont constamment harcelés par des « squatters » et des extracteurs illégaux et le feu, cette semaine, est un autre coup dur pour la survie de ce groupe.

La seule aide que les Awá ont obtenue est d’avoir reçu la visite d'un représentant de la Fondation nationale de l'Indien (FUNAI), qui a mis en place jeudi dans le village, une action afin d'étouffer le feu. Un autre fonctionnaire de la FUNAI au Maranhão, Edésio de Sena Martins, a déclaré pour sa part que « le feu a été allumé il y a quelques jours par un groupe de squatters dans un foyer près du village Juriti » et, « comme le temps est très sec », il se serait propagé rapidement dans toute la région. Il a déclaré également que l'incendie était intense et loin d'être maîtrisé.

 

Le feu menace également la Réserve Biologique (Rebio) de Gurupi sur un territoire avoisinant Juriti. En théorie, la réserve est sous la protection complète du ministère de l'Environnement (MMA), mais au cours des dernières décennies a été soumis au harcèlement des bûcherons, des éleveurs et des agriculteurs. Tous représentent un danger commun pour les terres autochtones de l'État, comme les Awá. « Ensemble, les terres autochtones et Rebio Gurupi sont les derniers vestiges de la forêt amazonienne du Maranhão, désormais réduite à moins de 20% de sa taille originale », dit Marlucia Martins, une biologiste du Musée Goeldi, institution qui étudie la biodiversité et la protection de l'environnement de la Gurupi.

550.jpgAvec des années de travail dans le Maranhão amazonien, la biologiste maintient le contact direct avec des groupes autochtones locaux. Dans la matinée du vendredi 27/11, elle a reçu un appel à l'aide par téléphone. C'était un message de l'Indienne Rosilene Guajajara, signalant que le feu avait envahi leurs terres et leurs forêts. « Ces groupes sont isolés, sans aucun type d'aide de l'État ni des institutions responsables," a-t-elle déclaré. Pour Marlucia, le feu est encore une fois un malheureux événement typique de la situation actuelle dans cette région du Maranhão, marquée par la commande de meurtres et d'incendies criminels sur les terres autochtones et le Rebio Gurupi.

 

Déforestation zéro

 

Plus tôt ce mois-ci, la chercheuse a rencontré des représentants d'institutions scientifiques et les leaders indigènes du Pará et Maranhão pour discuter des moyens d'arrêter la destruction de l'écosystème local. Un rapport a été envoyé au gouvernement de l'État du Maranhão avec un objectif de zéro déforestation pour Maranhão amazonien. Voir ci-dessous l'argumentaire développé dans le document.

 

Six raisons pour déterminer la déforestation zéro pour Maranhão amazonien :

1- Il n'y a plus de parcelle de forêt exploitable en dehors de la réserve Rebio Gurupi ;

2- Cela favorise la récurrence des crimes environnementaux. Des scieries non rentables sont établies à parfois plus de 100 km de toute source légale du bois ;

3- L'avance de la déforestation est à l'origine d'une carence en eau dans la région, dégradant la qualité des sols agricoles. Elle menace l'existence d'espèces endémiques dans la région et produit des pertes culturelles. Elle entraîne l'invasion territoriale et la violence contre les peuples autochtones ;

4- La restauration de la forêt et la création de systèmes agro-forestiers sont d'autres formes d'activités économiques durables qui peuvent créer des emplois et des revenus pour les populations des municipalités (qui vivent maintenant subventionnées par les activités illégales de la production de bois.) ;

5- Tout cela est à l'origine de combats occasionnés par les revers qui affectent les droits acquis des peuples autochtones sur la protection des forêts et de leurs droits constitutionnels (PEC 215 et PE 1610) ;

6- Il convient d'assurer le respect des engagements pris dans les conventions internationales dont le pays est signataire (convention 169 de l'OIT, Biodiversité et climat).

 

 

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28/11/2015
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