Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

UN COMMUNIQUÉ DE MAMA BOBI : DÉCONTENANCES PSYCHO-SOCIALES ET MARRONNABILITÉ (3/3)

25/09/2016

 

Approches transculturelles :

Cooptation et pairaidance générationnelle 

Source : Mama Bobi

 

 

Mamabobi logo.jpgLes prises en charge transculturelles de la souffrance psychique d’origines psycho-sociales ont développé depuis plusieurs décennies une étonnante dynamique thérapeutique dans la vallée du Maroni.

Dynamique dont malheureusement la plupart des initiatives sont dues à la faiblesse des institutions spécialisées (un turn-over de + de 40 médecins psychiatres depuis 1990 dans l’Ouest).

 

  Au-delà des classiques approches « éthnopsy », par exemple les traumatismes dus à l’extrême violence locale à la fin des années 1980, une réelle clinique sociale s’est imposée. Encouragée par les Autorités coutumières, les edeman, érudits et tradipraticiens d’un bord l’autre de la vallée, qui peu à peu ont su faire converger leurs prises en charges « psycho-communautaires » vers des accompagnements au long terme. Grâce aux interventions de personnels aguerris « à la longue » et « à force de », formés à gérer de nombreux cas lorsque la marronnabilité mentale est clairement diagnostiquée. Ici les mythes fondateurs intraclaniques, les croyances magico-religieuses revisitées (réincarnation, sorcellerie) sont abordés sous plusieurs éclairages. Dont la transe induite ou la possession ritualisée (domestication) .

num002-copie-1.jpgCes prises en charges transculturelles sur un mode « systémique », plus que strictement ethnopsychiatrique, sont connues  et reconnues officieusement depuis près d’un quart de siècle dans le cadre transfrontalier. Tel que par exemple les séjours au long terme au Centre Go sa kon au Suriname, au lieu de vie de Laforestière (Apatou) ou encore durant les accompagnements courts réalisés souvent en urgence à la Casa Luigi à St Laurent du Maroni. 

La souffrance psychique d’origine psycho-sociale peut prendre des aspects comportementaux très violents : agressions verbales et/ou physiques, consommation de produits désinhibants, vandalismes et manifestations asociales diverses.

La Casa Luigi, au cœur d’un quartier sensible remplit parfaitement sont rôle discret et efficace dans ce cadre générationnel limité. Il s’agit pour les jeunes en errance, sous couvert d’un « pseudo » traditionnel, et une volonté d’entre-aide basique réciproque de disposer d’un lieu de « pause » plus ou moins temporaire. Les activités diverses qui y sont conduites (horticulture) et le fonds très fourni de bibliothèque didactique proposant de nouvelles approches de Soi et des Autres.

Ici, par cooptation coordonnée par un médiateur, échanges et analyses collectives de certaines difficultés de parcours permettent à des jeunes du quartier d’envisager des solutions immédiates ou sur le moyen et long terme.

686.jpgGrâce à une écoute attentive et l’accompagnement psycho-social d’un socio-thérapeute (langue et culture du Marronnage) et de tradipraticiens (PROMETRA) des « prises en charges » très personnalisées (ethno-psy) et des thérapies aux contenus pluriels comme réalisables au kampu ou au village par la médiation transculturelle (obiatique) sont réalisées régulièrement.

C’est cette approche transculturelle qui est le moteur de cette réelle pairaidance. Bases relationnelles éprouvées que chacun des bénéficiaires de l’accueil et/ou l’accompagnement à la Casa Luigi apprend à développer et exerce aux cours de ces séjours et ou contrat d’insertion.

C’est ainsi que sont attachés à ces programmes de prévention de délinquance, de la récidive intra-familiale et/ou du décrochage, des jeunes ayant tous eu à séjourner ou a se former ces dernières années à la Casa ou au lieu de vie de Laforestière.

Certains en on fait un métier tel le responsable actuel de l’accueil à la Casa. D’autres encadrent désormais des activités horticoles et songent fermement à une auto-entreprise (agroforesterie, transformation des végétaux) dans le voisinage de Laforestière où des séjours de formation très encadrés sont réalisés depuis plus d’une décennie (Phytothèque du Maroni, thérapies traditionnelles Prometra Guyane).

Dix ans et plus c’est aussi le temps d’analyse de ces méthodes et approches transculturelles qui sont devenues les nôtres en cet esprit de solidarité communautaire intergénérationnel en proposant aux jeunes en difficulté, en souffrance d’une mal-insertion une Reconnaissance et Estime de Soi reconstruite.

208.jpgEn suppléant une éducation, forcée souvent par le précaire ou l’éclatement familial, Mama Bobi avec la Casa Luigi et ses programmes pluriannuel d’insertion, réinsertion, basés sur une transmission immédiate par l’exemple, réalise en fait sur le long terme un but qui n’était pas encore bien défini lors de l’ouverture de la Casa Luigi. Celle-ci était perçue comme un moyen d’offrir à nos jeunes une deuxième chance. Identifiante. Conscientisatrice et individuante. Réparatrice.

Avec quelques plantes-remèdes et l’assurance tranquille d’un héritage ancestral, il s’est agit aussi d’introduire en chacun le sens d’une responsabilisation citoyenne, c'est-à-dire le partage d’un vivre ensemble auquel on adhère. C'est-à-dire ici une thérapie psycho-sociale bien adaptée aux décontenances actuelles …

Ainsi depuis 2003 (ouverture de la Casa), des centaines de « raccrochés », de réinsérés, de passage toute l’année et près d’une cinquantaine de jeunes en difficultés « pris en charge » à divers titres (post-incarcération et/ou hospitalisation psy, grande précarité familiale, syndromes transculturels divers possessions/sorcellerie), ont bénéficié d’un réel accompagnement personnalisé.

Cette cinquantaine de cas ont fait l’objet dans le cadre de Mama Bobi d’analyses pluridisciplinaires et d’une synthèse évidemment originale prenant en compte les Héritages psychiques qui s’illustrent quotidiennement dans la vallée du Maroni.

Ainsi certaines psycho-pathologies adolescentes, bien repérées et malheureusement en augmentation se banalisent en regard des décontenances psycho-sociales actuelles…

 

 

PRANI PASENSI ! Planter la patience...

 

  

 

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25/09/2016
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