Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

Un projet de société : TRANSFORMER LE DIVERS EN COMMUN

14/09/2017

 

Un projet de société

 

Source : https://inceptivo.wordpress.com/2017/02/23/divers-en-commun/

 

Publié avec l'aimable autorisation de l'auteur

Merci, Keïta Stephenson !

 

 

743.jpgL’avenir de la France n’a jamais été aussi incertain, sur le plan de sa démocratie, de son modèle social et économique, mais aussi de ses repères culturels.

Dans ce contexte, revendiquer une Guyane ou une France qu’il faut assister ou protéger est une facilité. En revanche, imaginer et projeter un territoire d’avenir est une nécessité.

À ce titre, l’expérience guyanaise s’inscrit dans la crise du  modèle français.  Pour  la Guyane, l’enjeu est de construire un projet de société dont chaque habitant devra assumer le passé, participer au présent et déployer son futur. Un futur où tout devient possible.

Pour la France, c’est une chance d’enfin tirer son salut des crimes coloniaux et des errements postcoloniaux et de bénéficier d’une expérience qui pourra inspirer l’ensemble de ses habitants, mais aussi le monde. La Guyane figure en effet toute la catastrophe des périphéries des puissances développées désormais en déclin et leurs foyers expulsés de la société, de l’économie, de l’environnement et de la santé…

le 973 vit le drame du 93 et tant d’autres banlieues.

 

À regarder de plus près et en même temps d’un point de vue plus large, on découvre que le 973 vit le drame du 93 et tant d’autres banlieues. Ces migrations massives et successives, ces jeunes générations, filles de l’immigration, face à un ascenseur social en panne, une République recroquevillée sur des fantasmes, piégée par des mécaniques oligarchiques, une société dépassée par la mondialisation faute d’y avoir été formée et préparée en la construisant chez elle, grâce à la diversité des ressources culturelles de ses communautés.

Des coups de matraque aux jets d’encre, les générations se battent et se débattent. Les cocktails molotov au bout de ses doigts, ce sont des claviers, les matières grises et les fous rires. Ses armées ne forment pas une cohorte sanguinaire, mais une multitude de sabres. Et ces sabres ne sont pas les coutelas des mercenaires qui déciment la liberté et la vérité.

Ces sabres sont faits de l’alliage prodigieux des créativités individuelles associées pour produire de la Justice. La révolte des générations n’est pas une agitation incrédule. Elle se nourrit d’une inspiration aussi lumineuse que le zénith de nos ancêtres et aussi exigeante que l’espoir de nos enfants.

Occuper notre présent, en donnant toute sa place à notre passé, pour en tirer des leçons efficaces. Voici le ressort des dynamiques culturelles qui ne cèdent pas à la vision de l’individualisme possessif et aux sirènes de l’économie carbonée. Elles répondent aux nécessités d’un projet de société en gestation et de l’environnement qui l’accueille.

En conséquence, la Guyane n’a pas besoin d’un projet de développement économique mais d’un projet de société.

 

Les ressources sont là. Elles sont culturelles et naturelles. Si la Guyane peut encore faire émerger son modèle de société, elle court aussi le risque de se dissoudre dans la mondialisation qui l’absorbe. En d’autres termes, le risque de disparaître parmi les unités ectoplasmiques d’une économie virtuelle dont les dégâts sociaux et environnementaux, sont compensés par de l’argent.

La Guyane détient les richesses naturelles qui changeront la face du 21è siècle :

- La diversité biologique de la Guyane est unique au monde.

- Une démographie dynamique avec une majorité de jeunes…. et de jeunes parents.

739.jpg

 

740.jpgDans ce cadre, les débats locaux et nationaux sur la Loi pour la reconquête de la biodiversité et la création de l’Agence Française de la Biodiversité, soulèvent par exemple des enjeux économiques mondiaux. La Guyane peut porter une réponse pertinente à ces enjeux : sa diversité culturelle et sa biodiversité constituent un cas unique au monde.

Sa jeunesse lui donne la marge démographique pour les valoriser d’autant que sa terre est un des derniers endroits sur la planète où il reste encore tout à faire plutôt qu’à réparer ou dépolluer.

Elle devra y satisfaire dans un contexte où les unions monétaires, les puissances continentales ou les collectivités publiques sont compressées par le poids de l’endettement et d’une finance transnationale prédatrice. Elle devra oser malgré les crispations identitaires et la catatonie institutionnelle.

Cette jeunesse et ce territoire de Guyane avec les liens qui se construisent entre communautés, activités et environnement, laissent entrevoir le but d’un projet de société guyanais : transformer le divers en commun.

KS.

 Je ne puis ici m'empêcher, en guise de citation finale, d'emprunter à Dany Laferrière la phrase suivante : « Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ? »

 Keïta Stephenson est juriste de droit international et européen,

consultant en stratégie et auteur de Demain, c'est nous !

(Association guyanaise d'édition, 2013)



14/09/2017
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 193 autres membres