Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

Y'A BON, TOURISME PSYCHIATRIQUE !

19/10/2017

 

Culture de l'entre-soi

Source : http://www.psycause.info/

 

 

744.jpgJe suis tombé, au hasard des vagues qui secouaient ma planche de surf électronique, sur un drôle de document : des carnets de voyage (2016)d'une structure préparant un congrès en Guyane pour cette année 2017. Je lis, en guise d'introduction :

« Un projet de colloque Psy Cause à Saint Laurent de Maroni motive la venue en terre guyanaise du président et de la responsable du marketing de Psy Cause International à compter du 1° mars 2016. Après une nuit d’escale dans la préfecture de la Guyane, Cayenne, Place des Palmistes dans un monument historique (l'hôtel des Palmistes, excusez du peu, 125 €/nuit pour la chambre la moins chère NdTémoin) nous parcourons, sur la Nationale 1 construite jadis par les bagnards, les 260 kilomètres qui nous séparent de Saint Laurent du Maroni située à l’ouest du département en bordure du fleuve frontière avec le Suriname (l’ancienne Guyane Hollandaise) ».

Ajoutons pour l'information de ces personnes que la construction de la route était avant tout une procédure d'assassinat des bagnards. Albert Londres rappelle que vingt-quatre kilomètres de route ont été construits en soixante ans (NdTémoin).

 Je vais donc dire très rapidement (cela ne vaut guère que l'on s'y étende) ce que je pense de ces « carnets de voyage » selon trois angles de vue : le tourisme psychiatrique, la thérapie du cow-boy et la patientèle choisie.

1. Le tourisme psychiatrique

Je lis : Sur ce territoire de l’Ouest Guyane, hormis la route côtière de l’océan, les communications se font par pirogue ou par de petits avions le long du Maroni (un fleuve de 500 km). La ville de Saint Laurent du Maroni regroupe une population de 38 000 habitants. Elle est la seconde ville de la Guyane après Cayenne (75 000 habitants) située à 260 km. Le centre historique est habité par les fantômes des bagnards et de leurs gardiens guère mieux lotis en terme de mortalité face au paludisme et à la fièvre jaune, par le livre de Papillon et des récits d’atrocités.

C'est une première prise de contact avec le pays, admettons...

Poursuivons notre lecture.

Le 3 mars, nous visitons les unités d’hospitalisation du pôle de psychiatrie situées en bordure du centre historique de Saint Laurent du Maroni (demeuré tel qu’il était à l’époque du bagne) et frontalier du vaste chantier de construction du nouveau Centre Hospitalier de l’Ouest Guyane, dans le Site des Sables Blancs. [...]

Le Dr Algossimo Diallo nous explique que nous sommes dans le secteur « Ouest Guyane », l’un des deux secteurs du département, l’autre étant le secteur « Est Guyane » basé dans le service de psychiatrie Cayenne/Kourou. Les admissions ont trois origines : le CMP, les urgences du Centre Hospitalier et les indications posées « sur le fleuve », c’est à dire sur le Haut Maroni. [...] La durée de l’hospitalisation est brève avec des séjours qui excèdent rarement les quatorze jours et ne concernent que des hospitalisations libres. À leur sortie, les patients sont adressés au CMP (comme certains avaient déjà été adressés par le CMP, pour ceux-ci la boucle est bouclée, il n'y a pas que les soignants qui font du tourisme, NdTémoin), au médecin qui intervient sur le Haut Maroni et bénéficient d’un accompagnement paramédical. L’orientation peut s’effectuer également vers l’Hôpital de Jour. Nous visitons les locaux de l’HTCA, spacieux et aérés, dans lesquels se déroulent diverses activités au service de la dynamique soignante. Nous avons pu ainsi être présents lors d’une activité cuisine...

Chouette, mais j'en ai assez lu. NdTémoin.

2. La thérapie du cow-boy

À la lecture de ce qui suit, je me suis demandé à quelle époque se passaient les faits rapportés, et dans quel pays...

Le 8 mars 2016, la Dr Marie Delahaye entre dans le concret de sa pratique de terrain à Grand Santi en nous associant à ses interventions professionnelles de la journée. Nous allons les résumer avec quelques exemples cliniques. La matinée est particulièrement agitée avec une urgence psychiatrique sur le fleuve. Un psychotique en pleine décompensation refuse de se rendre à la consultation de Grand Santi. Les soignants montent à l’abordage dans sa pirogue en plein milieu du Maroni pour lui faire une injection. Le patient étant de nationalité surinamienne, impossible de l’hospitaliser sous contrainte sur Cayenne. L’injection de neuroleptique est savamment calculée pour un effet sédatif qui lui permet de piloter sa pirogue jusqu’à son domicile.

 

Mais qui sont ces cow-boys ? des membres des forces armées en guyane ? L'Article L.1111-4 du code de la santé publique précise bien qu'« aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment ». Il ne semble pas que cela ait été le cas. Même si l'urgence ou la sécurité du patient pouvait justifier une légère sédation, ces pratiques ne sont pas celles en cours dans un pays civilisé.

Là encore, j'en ai assez lu.

 

3. et enfin, une patientèle choisie

Là encore, ce que je lis ne manque pas de m'étonner :

La Dr M.D. nous parle du malaise des enseignants qui viennent souvent consulter. Ils sont confrontés au bas niveau de leurs élèves lié à deux facteurs : le problème de la langue car à Grand Santi, par exemple, la langue véhiculaire des enfants est le Djuka utilisé sur les deux berges française et surinamienne du fleuve ; également le manque de stimulation des enfants fatigués par des taches ménagères et le travail dans les abattis. S’ajoute l’inadéquation des enseignants à leur tâche. Les professeurs titulaires ne sont pas demandeurs pour des postes qui leur ont été imposés et qui nécessiteraient une forte motivation. Les professeurs contractuels sont des volontaires mais n’ont pas la formation nécessaire pour la complexité de ce qui leur est demandé.

 

Depuis quand « l'inadéquation des enseignants à leur tâche » est-elle une affection relevant de la psychiatrie ? Ne s'agit-il pas plutôt d'un problème de formation, initiale et continue, aggravé par un manque d'accompagnement pédagogique et des infrastructures et équipements scolaires déficients ?

 Décidément, nous sommes là dans une logique de réparation plus que de santé. Santé publique contre santé communautaire. Et encore, je ne parlerai pas ici de l'inadéquation de la psychiatrie occidentale à l'univers spirituel des populations autochtones et traditionnelles habitant l'Intérieur du pays, hors de la zone côtière. Ce sera l'objet, au gré de (la mauvaise) l'humeur du Témoin en Guyane, d'un autre article.


19/10/2017
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