Un témoin en Guyane

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BOTSWANA : OUVERTURE D'UNE MINE DE DIAMANTS SUR LE TERRITOIRE DES BUSHMEN

 26/09/2014

De la nécessité d'une convention contraignante pour les États

 Source : Survival

 

 

Chronique d'un mensonge d'État, déroulement d'un nettoyage ethnique
 En 2004, un ministre botswanais a déclaré qu'il n'y avait aucune exploitation minière ni aucun projet d'exploitation futur dans la Réserve du Kalahari central. Une mine de diamants estimée à 4,9 milliards de dollars a été ouverte le 5 septembre dans la réserve du Kalahari central, le territoire ancestral des derniers chasseurs bushmen, tout juste dix ans après que le gouvernement ait affirmé qu’aucun projet d’exploitation minière n’était prévu à l’intérieur de la réserve.
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Les Bushmen ont été sommés de quitter la réserve peu de temps après qu’on y ait découvert des gisements de diamants dans les années 1980, mais le gouvernement botswanais a constamment nié que les expulsions forcées et illégales des Bushmen du Kalahari – de 1997, 2002 et 2005 – étaient dues à la présence de riches gisements de diamants. Il a justifié l’expulsion des Bushmen au nom de la « conservation ». En 2000, cependant, le ministre botswanais des Mines, de l’Energie et de l’Eau a déclaré à un journal botswanais : « La relocalisation des communautés basarwa (bushmen) [de la Réserve du Kalahari central] ouvrira la voie à la mine de diamants de Gope » : et en 2002, les Bushmen ont déclaré à Survival International, le mouvement mondial pour les droits des peuples indigènes : « Le général Merafhe, ministre des Affaires étrangères, est venu dans la réserve pour nous annoncer que nous devions partir à cause des diamants ».
L’ouverture de cette mine révèle également que les engagements pris par le Botswana à propos de la conservation n’étaient que de la poudre aux yeux. Le gouvernement prétend à tort que la présence des Bushmen dans la réserve est « incompatible avec la préservation de la faune », tout en permettant l’exploitation diamantifère et la fracturation hydraulique sur leur territoire.
184.jpgLes Bushmen du Kalahari sont victimes de la persécution du gouvernement botswanais depuis des décennies. Bien qu’ils soient sortis victorieux de deux procès intentés contre leur gouvernement et qu’ils aient obtenu le droit de vivre, de chasser et d’accéder à l’eau de la Réserve, ils sont obligés de demander des permis restrictifs pour entrer dans la Réserve et sont régulièrement arrêtés pour avoir chassé. Contrairement à ce qu'affirme le gouvernement, les pratiques de chasse durables des Bushmen ne sont pas incompatibles avec la préservation de la faune.
Tandis que les organisations de conservation de la nature ont félicité les efforts du président botswanais Ian Khama en matière de préservation de l’environnement, elles ont gardé le silence sur la persécution des Bushmen et les activités minières prévues dans la réserve du Kalahari central.
Un Bushman, dont la famille a été expulsée, a déclaré à Survival : « Cette semaine, le président Khama ouvrira une mine dans la réserve du Kalahari central. Les organisations qui ont glorifié le président Khama pour son action en faveur de la faune et la flore pensent-elles encore qu’il est un bon exemple pour le monde ? Les habitants de la réserve ne profitent en rien de la mine. Les seuls bénéfices reviennent aux communautés qui vivent à l’extérieur de la réserve, tandis que nos ressources naturelles sont détruites. Nous nous opposerons fermement à cette mine tant que le gouvernement et la compagnie Gem Diamonds ne nous diront pas quels bénéfices elle nous apportera ».
185.jpgFemme bushman avant son expulsion
Le gouvernement continue d’exercer une forte pression sur les Bushmen afin de les chasser de la réserve en les accusant de « braconnage » parce qu’ils chassent pour se nourrir. Les Bushmen sont arrêtés, battus, torturés et tués, pendant qu’on encourage la chasse aux trophées. Les autorités ont également refusé de réouvrir le puits des Bushmen, restreint leur libre circulation à l’intérieur et hors de la réserve et empêché leur avocat d’entrer dans le pays.
Pendant ce temps, des organisations telles que Conservation International continuent de louer le président Khama pour son action en faveur de l’environnement tout en fermant les yeux sur les violations des droits de l’homme qu’il commet.

 

CHRONOLOGIE DES FAITS
Début des années 1980 : un gisement de diamants est découvert dans la réserve du Kalahari central, au cœur du territoire bushman de la communauté de Gope.
12 octobre 1986 : le ministre botswanais du Commerce et de l'Industrie, Moutlakgola Nwako, annonce la décision du gouvernement de déplacer les Bushmen.
1996 : une évaluation officielle de la mine est effectuée.
Mai 1997 : les premières expulsions des Bushmen de la Réserve du Kalahari central commencent.
1997 : la compagnie Anglo American fore deux puits d'exploration dans la réserve.
31 août 1997 : Anglo American (principal actionnaire de la compagnie diamantifère De Beers) nie « avoir connaissance de telles activités à l'intérieur de la réserve » dans le journal sud-africain Sunday Independent.
1999 : des campements d'exploration minière sont établis à quelques kilomètres de la communauté bushman de Molapo.
Juillet 2000 : le journal botswanais Midweek Sun rapporte que le ministre botswanais des Mines, de l'Energie et de l'Eau, Boometswe Mokgothu, déclare devant le Ghanzi District Council que « la réinstallation des communautés Basarwa (bushmen) de la réserve du Kalahari central ouvrira la voie à la mine de diamants de Gope ».
2001 : dans son projet d'aménagement de la Réserve du Kalahari central, le Département de la faune et des parcs nationaux (DWNP) du gouvernement botswanais écrit : « DWNP devrait continuer à insister sur le fait que l'activité minière est incompatible avec les objectifs de la réserve ».
2002 : des Bushmen déclarent à Survival : « le général Merafhe, ministre des Affaires étrangères, est venu dans la réserve pour nous annoncer que nous devions partir à cause des diamants ».
2002 : deuxiéme vague d'expulsions de Bushmen de la réserve. Leur puits est détruit.
7 novembre 2002 : le président Festus Mogae déclare : « Le programme de réinstallation assistée des Basarwa (Bushmen) de certaines parties de la Réserve du Kalahari central… n'était lié à aucun projet, réel ou fictif, d'activité minière dans la réserve ».
2004 : le gouvernement botswanais émet une déclaration dans laquelle il prétend : « Aucune activité minière ni aucun projet d'activité future ne sont prévus dans la réserve car la seule découverte connue de la réserve, le gisement de Gope, n'est pas assez commercialement viable pour y ouvrir une mine ».
2005 : troisième vague d'expulsion des Bushmen de la Réserve du Kalahari central.
2006 : les Bushmen remportent un procès historique contre le gouvernement. Le juge de la Haute Cour, Justice Dow statue que « [les Bushmen ont été expulsés] de force, illégalement et sans leur consentement ».
mai 2007 : De Beers cède son gisement de Gope à Gem Diamonds, pour 34 millions de dollars. Le PDG de Gem Diamonds qualifie le gisement de « possession problématique pour De Beers » en raison de la campagne internationale en faveur des Bushmen.
5 septembre 2014 : ouverture officielle de la mine de Ghaghoo (officiellement Gope) par Gem Diamonds, estimée à 4,9 milliards de dollars. La mine se trouve à l'intérieur du territoire des Bushmen de Gope et à seulement 3,2 kilomètres de leur communauté, dans la Réserve du Kalahari central.

 Retournez au dossier n°13 (en bas de la page d'accueil) : La Convention 169 de l'OIT



26/09/2014
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