Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

Lire : GUYANE FRANÇAISE, L'OR DE LA HONTE

02/10/2014

Axel May

 

 

Ce livre a été publié en 2007. Il a fait un peu de bruit en Guyane sans susciter trop de réactions autres que convenues. Dans l'Hexagone, peu de gens l'ont lu ou le connaissent. Son auteur, Axel May, a parcouru la Guyane pendant des mois, en pirogue, sur les pistes et par les airs, de Cayenne à Saint-Laurent-du-Maroni et des bords de l’Oyapock aux profondeurs de la forêt, pour rencontrer et faire parler les protagonistes de sa narration. Un récit  implacable sur la Guyane d’aujourd’hui.

 

189.jpgLa présentation de l'éditeur (Calmann-Lévy) : Imaginez une terre couverte d’une majestueuse forêt tropicale et à la biodiversité exceptionnelle, où des milliers de chercheurs d’or clandestins viennent défier l’État, la violence et le paludisme, avec l’espoir de faire fortune. Ce lieu des extrêmes est le plus vaste des départements français, et pourtant, en métropole, il ne suscite qu’une indifférence quasi générale. En Guyane, morceau de France perdu dans l’immensité du continent sud-américain, la soif de l’or cause des ravages sociaux, sanitaires et environnementaux. Empoisonneurs d’Amérindiens, pilleurs de ressources, dévastateurs de jungle : ces orpailleurs clandestins originaires de régions défavorisées du Brésil, les garimpeiros, font l’objet des pires accusations. Leur loi ? Celle des armes. En creusant des fosses béantes, ils libèrent l’or qu’ils récupèrent par amalgamation avec du mercure. Tant pis pour la forêt éventrée, tant pis pour la santé des populations contaminées par le mercure, tant pis pour le climat d’insécurité qu’ils créent. De leur côté, la minorité des opérateurs miniers déclarés, pas toujours irréprochables, essaient de s’organiser et de donner une meilleure image de la profession, tandis que les gendarmes, dotés de moyens insuffisants, tentent de rétablir l’ordre républicain. Le drapeau français flotte sur une terre moribonde. Les pouvoirs publics finiront-ils par réagir comme il se doit ?
L'avis du Témoin : Ce livre est intéressant à plus d'un titre, notamment parce qu'il donne une vision-état des lieux d'une pertinence rare à propos d'une région tiraillée entre éloignement du pouvoir et omerta locale. Cela l'amène à s'interroger sur les vraies raisons d'un statu-quo que tout le monde dénie, ce qui revient à ne pas lutter efficacement contre ce phénomène de l'orpaillage illégal considéré par tous, en paroles tout au moins, comme un fléau. Et puis, en termes d'impact humain et environnemental, où se situe vraiment la différence entre légal et illégal ? Y en a-t-il réellement une ? Lorsque je lis cet extrait du livre...                                                                                                                                                                                […] Ce Guyanais explique que pour se faire respecter des garímpeiros, il doit accepter de leur rendre des petits services : « Je préfère un million de fois avoir un clandestin à côté de moi que derrière moi. Je ne lui marche pas sur les pieds, lui non plus. S'il me demande de l'aide, je le fais et si c’est moi qui ai besoin d'un coup de main, il m’aidera ». Le genre d'ambiguïtés que n'apprécie pas le parquet. « C’est moi qui vis au milieu des clandestins, pas la gendarmerie ou le procureur », répond Richard Paresseux de sa voix puissante. Il prévient : « Si tu fais la chasse aux clandestins, t'es mort ! ». Officiellement, la profession se plaint des sans-papiers : ils sont violents, ils pillent des ressources qu’elle lorgne, ils ne respectent rien. Officieusement, une partie du moins s'acclimate de leur présence. Ce que résume d’une phrase la gendarmerie : « Entre les deux, il y a l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette ». Une feuille qui a parfois un étrange goût de pétrole. Car les accusations ne se limitent pas à des échanges de services et de matériel et à des va-et-vient d'ouvriers. Certains exploitants en règle ne se contentent pas de cohabiter avec les clandestins : ils vont bien plus loin dans ces relations de « bon voisinage » et réalisent des profits en ravitaillant les garimpeiros. « Je ne veux pas faire de procès à la profession, se défend le colonel Bergot ; mais quand vous êtes légal, vous avez le droit d’apporter du gasoil en forêt. Si vous le revendez deux ou trois fois plus cher, c’est une bonne opération » […].

 Guyane française, l'or de la honte

Axel May

Calmann-Lévy, 2007

ISBN : 9782702137031

18,25 €

 



02/10/2014
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