Un témoin en Guyane

Un témoin en Guyane

MAIS D'OÙ SURGISSENT LES MONSTRES ?

02/08/2016

 

L'école fabriquerait les monstres terroristes ! 

Source : D'après un article publié dans  ColibrInfo le blog de Pascal de Cahors

 

 

669.jpgLà, je ne résiste pas. À la lecture d’un article du Point avec comme titre racoleur « École : la fabrique des monstres ? » et comme sous-titre « Les terroristes islamistes qui ont frappé en France depuis deux ans sont les purs produits d'un système scolaire à la dérive », j’ai bondi ! Parce que là, le scribouilleur intello invité par Le Point, il y va fort ! Remarquez, on est sauvés, sa grande intelligence va nous permettre enfin de nous débarrasser de cette plaie du terrorisme maintenant que du haut de sa lumineuse clairvoyance, il a désigné le coupable de tant d’atrocités.

Honnêtement, celle-là, il fallait la trouver. Dans le concert de tous ceux qui dénigrent une école qui a tout de même grandement participé à faire d’eux ce qu’ils sont, on n’avait encore jamais osé. Faire du système éducatif « gauchisé » le responsable de la dérive de ces jeunes décervelés, il faut une sacré dose de culot, ou plutôt un monceau de stupidité crasse, de mauvaise foi puante, d’ignorance noire, de stupidité criminelle, surtout quand on est soi-même enseignant agrégé… Cet individu qui doit bien un peu de ce qu’il sait à l’école qu’il a certainement fréquentée pour obtenir son précieux diplôme, ignore visiblement tout du travail qu’établissements et enseignants mènent là où les difficultés sont les plus grandes. Il en a certainement été éloigné toute sa vie et n’en connait l’existence que par ce que des gens comme lui en racontent.

668.jpgOser dire que « les assassins de Daech ont tous un point commun : ils n'ont connu que l'école revue et corrigée par le PS, et à partir de 1989, l'école sortie de la loi Jospin » est une monstruosité intellectuelle, un odieux raccourci. En fait, ce sinistre individu se moque bien de la vérité, son analyse n’en est pas une et ne vise qu’à déverser son fiel anti-PS. On pourrait en sourire s’il n’avait pas osé relier sa propre haine à celle de ces fous furieux djihadistes.

 Je pourrais continuer ainsi à vilipender cet histrion. Mais pour quoi faire ? Lui faire autant publicité serait une erreur, je vais donc en rester là. Le laisser à ses turpitudes, à sa misérable vision du monde, à ses certitudes de fond de bistrot, à ses dangereux amalgames. Ce qui est navrant, c’est qu’il écrit dans un média en vue et participe activement au pourrissement des esprits. Pire encore, cet individu enseigne. Les commentaires de son article  pourraient d’ailleurs laisser penser qu’il a raison sur un point peut-être : l’école a fabriqué des légions d’abrutis dont il est un parfait guide.

671.jpgPar contre, avant de terminer, qu’il me soit permis, pour ceux que cela intéresse, de parler un peu de ce que je connais : le rôle de l’école dans les milieux défavorisés. Loin de moi la volonté de dresser un tableau idyllique, mais plus de trente ans de direction d’école en ZEP m’ont appris un certain nombre de choses.

Tout d'abord une, qui à elle seule contredit l’article infâme condamné ci-dessus, est que l’école, dans un grand nombre de quartiers, représente la seule présence de la République et de l’état. Pas de services publics, le plus souvent même plus de commissariat, juste les écoles au pied des tours. Les enseignants sont donc les seuls qui témoignent de l’intérêt de la Nation pour les gens qui vivent ici. Alors, dans ce contexte difficile, l’enseignant se démultiplie : il enseigne certes, mais il est également animateur, assistant social, parfois médecin, toujours à l’écoute, négociateur obligé pour ne pas laisser s’envenimer les innombrables conflits qui ne manquent pas de naître. Dans l’école que j’ai eu l’honneur de diriger, le dialogue était le maître mot. Connaître les gens, leurs difficultés, parler toujours, ne juger jamais. Transmettre les informations aux autorités, à la hiérarchie, n’être jamais entendu, jamais suivi, souvent déconsidéré. Nous avons toujours eu le sentiment que tous ces gens nous faisaient confiance. Toujours disponibles, l’école étant le lieu privilégié du dialogue… L’endroit où  on trouvait écoute et secours.

672.jpgLà où cet essayiste à la noix me donne la nausée, c’est d’ignorer ou de faire semblant d’ignorer le rôle pacificateur et émancipateur de l’école. Combien de familles remises sur le bon chemin, combien de mamans alphabétisées pour un meilleur soutien de leurs enfants, combien d’enfants sortis de l’ornière familiale, sociale, psychologique… Combien de ceux qui ont débuté une scolarité dans les pires conditions, réfugiés de l’Afrique sub-saharienne, boat-people, enfants de familles monoparentales, soumis aux ravages de l’alcool, aux violences conjugales, combien de ces enfants ont appris et ont échappé à ce que d’aucuns appellent le déterminisme social ? Combien de laissés pour compte ont accédé à la connaissance ? J’ai encore en tête nombre de ces mômes : l’une devenue médecin, l’autre élue dernièrement aux élections régionales avec son diplôme de droit en poche et juste avant mon départ, ce petit sauvageon que nous avions accueilli malgré son comportement violent et qui a fini par s’intégrer, a remplacé les coups par le dialogue et a été accepté dans une section sport-étude foot… son rêve… La liste serait longue de nos réussites, mais elle n’est pas vendeuse. On préfère les échecs et il y en a, je ne suis pas dupe. 

Mais pour conclure, je dirais que l’odieux article de ce Brighelli est à l’envers du monde. Il se trompe ou plus grave il sait qu'il ment mais il le fait dans un but bien précis : rester dans l’air du temps et flatter l'opinion. Non ! L’école ne crée pas les terroristes : bien au contraire, elle est la dernière institution à tenter d’éviter l’effondrement social, mental, politique, affectif d’une grande partie du territoire. Sans l’école, la pensée véhiculée par cette personne génèrerait encore plus de frustration, de rancœurs.

Réagir à chaud à une information est chose malaisée. L’immédiateté empêche le recul nécessaire, la prise de distance, l’analyse. Frustration et rancœur sont les deux moteurs des passages à l’acte violents. Quand on n’aime pas les gens, ils vous le rendent !

L'article qui a provoqué cette réaction :  Cliquez ici.

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02/08/2016
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