Un Témoin en Guyane, écrivain - le blog officiel

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VIOLENCE ? DE QUELLE VIOLENCE PARLE-T-ON ? (2)

23/10/2012

Un état des lieux social de l'Ouest Guyanais

 

La spirale de l'exclusion est en place... Effectivement, qui dit exclusion dit ressenti de violence. Selon de nombreux sociologues, la violence des victimes est la réponse à la violence institutionnelle ou sociétale, cela n'est plus à démontrer.

Un état des lieux inquiétant ?

La jeunesse de la population - une richesse en soi - constitue de fait un problème., aussi bien au niveau public Les collectivités locales ne suivent pas au niveau budgétaire la croissance des besoins en termes d'infrastructures et d'aménagement. Les familles ayant rejoint la périphérie de Saint-Laurent s'entassent de plus en plus nombreux dans des espaces réduits, et ont de plus en plus de difficultés à éduquer leurs enfants. Le chef coutumier est absent, l'oncle référent familial parfois également. Le modèle traditionnel d'éducation, lorsqu'il perdure, n'est aucunement adapté à une société de type occidental au regard tourné vers les États-unis. C?est la disparition du : « Pour élever un enfant, il faut un village ». La violence apparaît, suivie immédiatement de ses corollaires, la délinquance, de plus en plus tôt, accompagnée souvent par toutes les formes de prostitution. Il n?est pas rare de voir un(e) adolescent(e) se « payer » le dernier modèle de téléphone portable grâce à des services sexuels.

Plutôt qu'un levier de développement, cette jeunesse dont on ne sait que faire est donc un facteur d'appauvrissement et de déstabilisation.

Qu'observe-t-on ? les valeurs qui permettent l'insertion sociétale, traditionnelle ou « à l'occidentale », sont-elles érodées ? Qu'en est-il de l'éducation, du respect entre individus, générateur de dignité ? Qu'en est-il des outils qui permettent l'installation de ces valeurs ? Quid de l'École ? Quid de l'habitat ? Surtout, quid de la visibilité, de la cohésion sociale ? Si les valeurs ne font pas sens, la vie et l'avenir, pour tous ces jeunes de moins de 25 ans (qui représentent tout de même 70% de la population dans l'Ouest guyanais) ne font plus sens non plus. D'où l'inefficacité des modes de prévention ou de répression habituels, qu'ils soient culturels ou institutionnels, tant qu'ils restent définis en fonction d'un modèle qui se trouve à 8000 km au sein d'une société qui historiquement, socialement et économiquement n'a pas grand-chose à voir avec celle de l'ouest guyanais.

La délinquance ?

Si l'on reprend les chiffres de la scolarisation, l'on a dans l'absolu 11 000 jeunes qui quittent les études aux alentours de 15-16 ans, dont 5 500 à Saint-Laurent. Et cela correspond à ce que l'on peut observer dans les rues : des foules de jeunes entre 16 et 25 ans qui traînent toute la journée et souvent aussi la nuit, autour de pointsde ralliement différents selon les bandes, les heures et les jours de la semaine. Cela s'explique par deux raisons, principalement. La première, la plus massive, c'est que si l'avenir ne fait pas sens, autrement dit si travailler à l'école ou au collège ne garantit pas (lucidité...) d'envisager de gagner sa vie plus tard, pourquoi continuer ? La seconde c'est que souvent ces jeunes sont en rupture familiale, soit par leur décision, soit que les parents, restés sur le fleuve ou "reconduits" au Suriname après une OQTF[1] ne sont plus en mesure, ni moralement, ni économiquement, d'assumer leurs jeunes. Pour changer d'établissement scolaire il faut refaire tout le dossier d'inscription, donc fournir à nouveau des preuves d'état-civil que les parents ne sont plus là pour fournir. D'où une déscolarisation institutionnelle au pays des Droits de l'Homme (droit à l'éducation, notamment).

Il faut qu'une prévention intervienne avant que les jeunes n'atteignent la tranche d'âge en question. Pour ces derniers il est sans doute trop tard pour la prévention, il faut plutôt se diriger sur des actions de dissuasion qui restent à définir. La loi et ses représentants n'ont aucun effet dissuasif, au contraire.

Pour certains il s'agira de "« casser du blanc » : je n'ai jamais vu un gendarme noir. Pour rire un peu, disons qu'en Guyane un noir en uniforme est soit un agent de sécurité (un vigile à l'entrée du SuperU, par exemple) soit un agent de Police municipale. Jamais de Police nationale, jamais de gendarmerie. Il y a dans le ressentiment suscité un quelque chose qui rappelle les riches heures de la colonisation, voire -à tort ou à raison- de la période esclavagiste.

08-03-23-081-copie.jpgPour les autres il faudra que nous apprenions à compter avec les croyances en de multiples possessions et reincarnations. Rien à voir avec les fous de Dieu chez les musulmans, ici cela a toujours existé. Et surtout, la vie s'est construite au cours des siècles avec et autour de ces Yorka, Obia et autres.

Les nier serait génocider une culture humaine.

Parmi tous ces jeunes déscolarisés récemment ou de plus longue date, au minimum un par famille en moyenne est ou a été incarcéré... L'accompagnement à la sortie pour lui et son entourage reste à construire, urgemment ! Mais... pourra-t-il se faire sans restaurer les anciens, les autorités coutumières dans leur rôle initial de régulation et de cadrage social, fonction que la société occidentale, avec son droit et ses règles importées, leur a confisquée ?

 

 

[1] Obligation de quitter le territoire français

 



23/10/2012
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