PENSÉES INSOLENTES ET INUTILES
26/03/2014
Chantal T. Spitz
La pensée coloniale en déconstruction (2)
Il y a quelque temps, j'attirais votre attention sur la qualité d'écriture et la pensée admirablement posée de cette femme écrivain, polynésienne en lutte contre tous les schémas néo-colonialistes. Tour à tour institutrice, conseillère pédagogique et conseillère technique au Ministère de la Culture, aujourd'hui à la retraite, elle milite depuis de nombreuses années contre un néo-colonialisme insidieux fait de réécriture de l?histoire et de perpétuation d'un mythe qui fige les Tahitiens dans une caricature de bon sauvage et autres vahiné lascives, permettant à chaque Autre de faire l'économie d'une rencontre réelle avec un peuple tant écrit d'encres occidentales.
Lorsqu'elle parle d'elle, elle énonce : « Je suis écrivaine, je suis femme, je suis Tahitienne, je suis maman, je suis grand-mère, je suis amante, je suis copine... C'est un peu compliqué ; c'est une facette, écrivaine ».
Pour la mieux connaître je vous renvoie aux deux articles que je lui consacrai sur ce même site :
Lire : L'Île des rêves écrasés : ici
Article : Chantal Spitz : ici
Je souhaite vous parler aujourd'hui d'une autre de ses parutions : Pensées insolentes et inutiles.
Phrases allongées au gré des circonvolutions de sa pensée, ou au contraire très courtes, parfois en un mot, au gré de son assurance ou de sa colère. C'est, à l'entrée dans le livre, la presqu'absence de ponctuation qui déstabilise le lecteur. Chantal est en colère, et sa colère est contenue par l'écriture. L'écriture est réflexion, révolte parfois, mais surtout construction. L'écriture et la lecture sont partie d'elle-même. Pour Chantal, écrire c'est vivre. Même si, comme elle le dit, la posture d'écrivaine n'est pas la seule facette constitutive de la femme qu'elle veut être, elle en est cependant l'indispensable pierre angulaire.
Je vous laisse à méditer cette phrase sur l'instrumentalisation des colonisés eux-mêmes par une pensée envoûtante et traitresse, celle du dominant venu d'ailleurs et qui génère un processus difficilement réversible : celui de l'assimilation qui repousse toujours plus tard la décolonissation qui reste à faire :
« Drôle de pays où l'on se définit sans porter le nom du pays qui nous porte. Drôle de pays où l'on s'origine dans un pays étranger. Drôle de pays où l'on ne parle pas la langue du pays. Drôle de pays où l'on folklorise son peuple. Drôle de pays où l'on exotise sa culture ».
Pensées insolentes et inutiles
Chantal T. Spitz
Éditions Te ite,
Papeete, 2006
ISBN 9782916411002
Création...
l'insoutenable inadéquation
entre
ce que je veux dire
et
les mots qui n'existent pas pour le dire
A découvrir aussi
- DICTIONNAIRE DES RACISMES, DE L'EXCLUSION ET DES DISCRIMINATIONS
- VOYAGE À SURINAM ET DANS L'INTÉRIEUR DE LA GUYANE
- Lire : AMAZONIE, UNE MORT PROGRAMMÉE ?
Inscrivez-vous au site
Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour
Rejoignez les 93 autres membres