Un Témoin en Guyane, écrivain - le blog officiel

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17/12/2021

 

Sabi sama na wi...

 

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La commission départementale des mines de Guyane a voté contre le renouvellement des concessions de la société Montagne d'or, à Saint-Laurent-du-Maroni et Apatou, informe Guyane Nature Environ-nement. « Le revirement de la position de la commission des mines témoigne d'une avancée notable dans la prise en compte de l'environnement dans les projets miniers, qui devra se poursuivre », réagit la fédération des associations de protection de la nature guyanaises. La commission avait pourtant émis un avis favorable sur ces projets en 2020.

Le contexte juridique a toutefois évolué. La loi Climat et résilience du 22 août 2021 a engagé la réforme du Code minier en introduisant la possibilité de refuser un titre minier pour des raisons environnementales et en introduisant des mesures rétroactives. Le Conseil constitutionnel est par ailleurs saisi d'une question prioritaire de constitution-nalité (QPC) portant sur la conformité des dispositions de ce code qui prévoyaient un renouvellement automatique des concessions à la seule condition que les gisements soient exploités au 31 décembre 2018.

 

Depuis des Décennies, tout et son contraire a été énoncé sur l’orpaillage « dit » légal… Pourquoi « dit » ? Tout simplement parce que les opérateurs miniers « dits » légaux sont bénéficiaires de concessions, certes, mais qui ne les empêchent pas de se conduire comme des voyous. Les exemples ne manquent pas : emploi de travailleurs étrangers non-détenteurs de papiers, rétributions en nature (pépites) donc dissimulées, mise en exploitation de sites par anticipation sans respect des délais, pollutions de toutes sortes, etc. Dans tous ces cas c’est l’impunité qui s’applique, dans un glissement pervers de la règle à son dévoiement. M4xVBdgvgoRPpUN.jpg
Rappelons le cas d’un ancien président de la Fedomg (Fédération des opérateurs miniers de Guyane) siégeant à la CTG (Collectivité territoriale de Guyane) malgré une mise en examen pour plusieurs chefs d’inculpation. Rappelons également le cas de la CME (compagnie minière Espérance, appartenant à l’actuelle présidente de la Fedomg) traduite en correctionnelle pour des faits avérés de pollution… Sur le territoire de la commune d’Apatou, la terre estampillée « Espérance » sur 25 km
2 est déforestée et creusée, le site a été le lieu de pollutions sur la crique Beyman et d’autres, la crique Espérance a été déviée de son cours, 188 ha de forêt ont été impactés, 95 hectares sont exploités autour des criques et les résidus miniers s’entassent… Tout cela pour, en vingt ans, extraire cinq tonnes d’or… déclarées.

puits-n-4-2.jpgOn notera que la Fedomg, en outre, ne manque pas de solliciter des aides à l’installation (financée donc par le contribuable) des opérateurs miniers sous le prétexte que leur présence éloignerait les garimpeiros, les orpailleurs brésiliens clandestins. C’est ainsi qu’ils réclament plus d’opérations Harpie afin de s’installer directement et sans trop de frais sur les sites dont les orpailleurs illégaux auraient été chassés. Rappelons que Harpie est une opération financée par l’État, donc par les impôts payés par la population, qui ainsi devra subventionner l’installation de ces opérateurs légaux peut-être, mais indélicats.

 

Plusieurs remarques s’imposent : tout d’abord, des impôts, ils n’en paient guère, ces « légaux ». Ensuite, ils viennent fréquemment appeler l’aide des forces armées lorsque la pression des garimpeiros se fait trop forte. La preuve que l’argument selon lequel leur présence serait répulsive pour les illégaux ne tient pas. Enfin, la population d’Apatou (et de Grand-Santi qui pourrait être également impactée) semblait jusque-là relativement indifférente, paraissant subir avec fatalisme l’idée de voir son environnement saccagé… Il faut dire que les habitants n’avaient pas vraiment accès au site Espérance, qui ressemblait plus à une enclave fermée qu’à un lieu ouvert sur la grande forêt amazonienne, traditionnellement habitée et parcourue par les peuples autochtones et traditionnels. Ajoutons à tout cela la présence importante de travailleurs brésiliens embauchés par la mine Espérance et l’on comprendra le fatalisme touchant la population, vis-à-vis de ce fonctionnement et peut-être aussi d’autres projets tout aussi écocides comme Montagne d’or.

 

Mais cette pseudo-indifférence doit poser question.

 

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La présence des opérateurs miniers sur les bancs de la CTG pose le problème de la légitimité des décisions prises sous l’action de lobbying que l’on pourrait peut-être re-qualifier en conflit d’intérêt. Ceci entraînant cela, la presque totalité des maires de Guyane étaient favorables au développement de l’industrie extractiviste, fût-ce aux dépens de l’environnement.

Ce brusque revirement dans l’opinion publique comme dans la décision politique peut sans doute s’expliquer. La perte de confiance exponentielle envers les décideurs a entraîné un changement de majorité à la collectivité territoriale et un turn-over de quelques maires… ce qui n’a pas manqué d’infléchir les précédentes décisions politiques. Par exemple, le gouvernement français semble avoir définitivement tourné la page Montagne d’or « quoiqu’il en coûte » (Nordgold réclame 4 milliards d’euros de dédommagement à la France) et la Commission départementale des mines de Guyane revient sur la décision qu’elle avait pris elle-même de dire oui à Montagne d’or en 2020…

Peut-être un retour d'espoir ? de confiance en soi ?... Faut-il aussi y voir une marronnabilité contemporaine, souvent évoquée dans ces chroniques, mais collective, comme un sursaut fédérateur pour tous ceux qui veulent avoir leur destin en mains ?

Cela ne doit pas nous détourner d’une vigilance plus que jamais indispensable. Koni pe wi komoto, connaître là d’où nous venons, ne peut que nous faire savoir qui nous sommes, sabi sama na wi, la connaissance incontournable pour savoir où nous allons, pe wi go…                                                                                                                                                    OKwadjani

 

 

Retrouvez bientôt la prochaine chronique d’Olson sur Un Témoin en Guyane


17/12/2021
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