Un Témoin en Guyane, écrivain - le blog officiel

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QUESTIONS AUTOUR D'UN « FAIT-DIVERS »...

07/02/2019

 

Des polémiques identitaires sur le Lawa ?

 

 

824.jpgMama Bobi est une structure associative regroupant tout à la fois un centre de formation, un collectif de recherche et un faisceau d'actions de terrain dont le Témoin en Guyane est à la fois un membre actif et un administrateur.

Nous avons été la cible, récemment, de ce qui aurait pu être considéré comme un banal fait-divers. Des éléments de réflexion nous empêchent néanmoins de valider cette thèse.

À l'heure en effet où la Loi EROM (Egalité réelle Outre-mer, 2018) installe un Grand Conseil Coutumier en Guyane, il appert que,  hors les Autochtones évidemment, il n'est composé que des seuls Aluku parmi tous les peuples qui composent notre Histoire commune.

Pourquoi ? Et à quelles fins ? Explications.

825.JPGEn tête de sa page 3, le France-Guyane de ce lundi 4 février titre : « Deux livres rares dérobés à Mama Bobi ».

Or, le collectif Mama Bobi* qui œuvre à la transmission des cultures des sociétés issues du marronnage s'est vu dérober, outre les « deux livres rares » qu'évoque France-Antilles-Guyane (nouveau nom du quotidien France-Guyane, FA, ça veut bien dire France-Antilles, ou je me trompe ?), plusieurs documents et ouvrages rares qui servaient de base de travail au collectif. Ces ouvrages avaient été préparés et laissés dans une pièce en prévision d'une séance de travail prévue le lendemain.

« Il y avait là des ouvrages évoquant les mouvements et les luttes des peuples en marronnage au XVIIè siècle » a déclaré Papa Lamoraille à la presse.

En outre les braqueurs se sont emparés d'originaux rares que Mama Bobi détenait de la communauté séfarade de Paramaribo (n'oublions pas, en effet, que l'Histoire de la colonie de Suriname est indissociable de celle de communautés juives qui s'y étaient installées). Trois ordinateurs ne représentant aucune valeur marchande ayant largement dépassé leur durée d'amortissement ont également disparu. Ceux-ci appartenaient au comité Makandi makandra (Ensemble, solidaires), le centre de formation transfrontalier antenne de Mama Bobi.

Ces documents anciens se trouvaient être uniques à propos de l'installation des Businenge en Guyane entre 1760 et 1790. Ces textes et ouvrages sont pour Mama Bobi incontournables en tant que références sur l'Histoire des peuples du marronnage avant qu'ils viennent s'installer en Guyane. Ils n'ont malheureusement jamais été numérisés.

 

* Le Collectif Mama Bobi vient de publier Sur les traces de Boni, aux Éditions Ibis Rouge, dans la collection "Espace outre-mer.

 À Mama Bobi, on se demande, à l'instar de Papa Lamoraille, à qui profite le crime… En tout cas, on ne croit pas au hasard, ni au cambriolage crapuleux.

Depuis les décès des Gran Man Paul Doudou en 2015 et Joachim en 2017, eux-mêmes successeurs de Tolinga, les chefs coutumiers d Maroni, après une année de deuil, devaient désigner le nouveau Gran Man dans l'année. De nombreux candidats sont en lice, dont deux demi-frères Tolinga.

 

Des enjeux non négligeables sont alors présents, par rapport aux relations entre Aluku et Djuka. « Nous, à Mama Bobi, nous luttons contre le tribalisme et ces documents, ce sont des éléments d'histoire que nous ne pourrons plus présenter à la nouvelle chefferie aluku ».

827.jpgUn des ouvrages qui nous ont été subtilisés…

Dans la nuit du 1er au 2 février un original de cette rare publication (Shalom), ainsi que de bien précieux documents – un peu plus récents il est vrai – offrant une lecture originale sur les FSGS (Français de souche Guyano-surinamaise) ont été dérobés.

 

826.jpgÀ quelque temps de l'intallation prochaine d'un nouveau Chef Coutumier suprême chez les Aluku - qui succéderait aux deux contestés précédents - la position des uns et des autres concernés par la nomination d'un Gran Man ressemble encore à un remue-ménage clanique plus qu'à une volonté contemporaine d'affirmer les origines historiques des Aluku en Guyane.

Sont-ils si différents aujourd'hui d'une commune du fleuve à l'autre sur les bords du Lawa ?

 

C'est à quoi le Kolektif Mama Bobi essaie, entre-autres, de répondre, avec l'alibi des archives oubliées. Comme celle de la communauté Séfarade du Suriname qui publiait en 1788 une très savante approche des réalités psychosociales de l'époque. Il s'agit d'une approche évidemment assez éloignée de l'Histoire enseignée de la France en Guyane par exemple. En certains documents, les points de vue - lorsque l'indigène était allophone - offrent en outre une très percutante grille de lecture du peuplement réel de la vallée jusqu'à la fin de l'Inini (1969).

 

Des chercheurs ont récemment mis l'accent sur les polémiques identitaires de contemporains transfrontaliers sur le Lawa ( cf. « La carte n'est pas le territoire ! » coutume, droit et nationalité plurielle en Guyane, Catherine Benoit, PUF, Ethnologie française). Ici apparaissent ça et là de bien inquiétantes données tribalistes et ségrégantes qui élargissent plus qu'elles ne réduisent les distances entre les peuples issus du Marronnage. À quoi servent donc ces approches clivantes ?

Aussi doit-on toujours rester vigilant sur les privilèges des uns et les exclusivismes des autres.

 

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08/02/2019
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