Un Témoin en Guyane, écrivain - le blog officiel

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UNE SAISON DE TRIBUNES, la chronique d'Olson (3)

 

27/08/2019

 

Une saison chaude, chaude…

On parle beaucoup de l’Amazonie, en ce moment.

 

849.jpgPourquoi, justement maintenant ? Pourquoi pas auparavant, alors que, depuis des années, cette région du monde est la cible privilégiée d’un certain nombre de prédateurs ?

Au premier rang de ceux-ci on trouve bien évidemment les orpailleurs, légaux ou illégaux, industriels multinationaux ou artisanaux. Ils ont tous un point commun : les ravages de nombreuses natures causés à notre lieu de vie. Déforestation, aggravation du ruissellement, infection de l’eau par le mercure et bientôt par le cyanure, sans oublier le braconnage pour ravitailler les travailleurs sur les placers. Ajoutons-y la violence que tout cela provoque.

En deuxième lieu, on découvre les opérateurs d’hydrocarbures, géants et souvent multinationaux, principalement dans l’ouest Amazonien : Pérou, Équateur, Bolivie, etc.

En troisième lieu, mais non moins nuisibles, citons les grands fazendeiros, les grands propriétaires terriens. Ceux-ci déforestent massivement ou incendient afin de mettre des millions de bovins en pâture et d’inonder la planète de leur soja transgénique.

Citons encore l’importation en Europe (France comprise, bien sûr) de bois coupé illégalement, le traçage clandestin de routes et de pistes facilitant la pénétration et l’ennoiement de nombreuses terres par des barrages gigantesques et vous aurez une idée encore succincte des problématiques auxquelles sont confrontés les peuples amazoniens, autochtones et traditionnels, depuis des années…

 

847.jpgLa forêt Amazonienne, la plus grande forêt tropicale au monde, traverse neuf pays : le Brésil, le Pérou, la Colombie, le Venezuela, le Suriname, la Bolivie, l'Équateur, le Guyana et la Guyane française. Selon les régimes politico-économiques, chacun de ces territoires a sa propre façon de la protéger ou, au contraire, de la saccager. C’est ainsi que l’actualité nous interpelle depuis des mois, que les médias et les dirigeants politiques ont réalisé depuis trois semaines que la maison brûlait. Le problème, c’est qu’elle est maltraitée depuis des mois, depuis ce jour fatal où le Brésil s’est doté d’un président d’extrême-droite, raciste, anti-Autochtones, anti-femmes, homophobe et j’en passe, soutenu par toutes les sectes évangélistes du pays. Mais ce n’est pas de lui que je souhaite vous entretenir ici.

Si j’ai intitulé cette chronique « une saison de tribunes », c’est parce que le gouvernement, appuyé par des élus locaux, vient de publier une tribune appelant à la mobilisation par la création d'un fonds contre les incendies qui ravagent l’Amazonie, tribune à laquelle le Grand conseil coutumier des peuples amérindiens et businenge vient de répondre par une autre tribune.

 

Je vous invite, dans un premier temps, à prendre connaissance de la tribune ministérielle datée du 24 août 2019. Veuillez cliquer ici.

 

Tout d’abord, cette « tribune » émanant du ministère des outre-mer n’est rien d’autre qu’un outil de communication appelant au rassemblement autour de la CTG. Pour quoi faire ? Facile à deviner quand on sait que, d’une part, la Collectivité territoriale de Guyane, par la voix de son président et de certains élus locaux, milite intensément en faveur du projet Montagne d’or et que, d’autre part, suite à des pressions de certains cosignataires, l’opposition au projet écocide de la Montagne d’or a été retiré de la version finale. 

 

850.jpgEnsuite, ce n’est rien d’autre qu’un outil de promotion pour Trajectoire Outre-mer 5.0 (0 carbone, 0 déchet, 0 polluant agricole, 0 exclusion, 0 vulnérabilité au changement climatique et aux risques naturels), un truc en forme de charte, lancé le 8 avril dernier depuis le premier étage de la Tour Eiffel et qui, finalement, n’oblige personne à quoi que ce soit. On se demande même s’il ne s’agit pas d’une grosse farce, quand on sait que plus de 360 000 ha de Guyane ont été accordés à des multinationales en permis miniers d’exploration et d’exploitation. Arsenic, cyanure… Objectif 5.0, vraiment ? Oh, la belle blague !

Pourquoi ne pas délivrer des permis miniers à des artisans ou à des sociétés artisanales, à condition qu'ils ou elles soient organisées et responsables, écologiquement parlant ? Attention, nous n'aurons cette garantie que si le code minier est revu dans toutes ses composantes : fiscalité, emplois, environnement. Ce n'est qu'à cette condition, me semble-t-il, que nous serons sûrs que l’exploitation minière ne se fera pas contre l’intérêt de la Guyane… et de ses habitants, quels qu'ils soient.

 

Enfin, rien n’est dit ni écrit sur la nécessité de nous associer, nous, populations autochtones ou traditionnelles, à la conservation de l’environnement dont pourtant nous avons besoin pour vivre. Malgré le fait qu’au cours des siècles nous avons toujours su préserver la forêt, nous ne pouvons que constater qu’aucune manifestation de confiance ne nous est envoyée. Pourquoi, dans ce cas, devrions-nous leur accorder un crédit qu’ils nous refusent ?

 
Devant une telle « non-annonce », le Grand conseil coutumier a réagi en publiant, dès le lendemain 25 août 2019 la tribune : Amazonie, une forêt et des peuples. Pour la lire, veuillez cliquer ici.

0425.JPGLa tribune publiée par le Grand conseil coutumier met d’emblée l’accent sur la « solidarité amazonienne » en rappelant que, s’il est désolant de voir des territoires entiers partir en fumée, nous ne devrions pas oublier que la forêt est habitée et gérée raisonnablement par les peuples autochtones depuis des millénaires. C’est donc leur habitat légitime, légué par leurs ancêtres. Néanmoins, elle a également servi de refuge à nos ancêtres loweman lors des fositen, les premiers temps, le temps du marronnage et de la rébellion face au système esclavagiste. Amérindiens et Businenge ont alors dû partager la forêt, les uns apprenant parfois des autres comment y vivre durablement. Lorsque la forêt disparait, ce sont nos biens culturels, spirituels et économiques qui disparaissent avec elle.

 

 

 

Bolsonaro, coupable ? Bien évidemment. Mais pas lui seul.

Le Brésil n’est pas le seul pays touché par les flammes, la forêt amazonienne n’est pas la seule impactée, En Afrique le feu sévit aussi… L’ensemble des peuples y vivant en subissent les conséquences… Ce ne sont pas de simples feux, c’est l’œuvre du capitalisme, l'œuvre de tout un système basé sur les revenus liés à l'industrie extractive.

 

« Nous sommes dans l’étonnement face au positionnement du président Emmanuel Macron qui consiste à dénoncer la destruction de l’Amazonie brésilienne ou bolivienne mais qui parallèlement attribue 360 000 hectares de forêt aux multinationales minières, en Guyane, en Amazonie française […] Nous avons refusé de co-signer la tribune de madame la ministre Annick Girardin car il manque des engagements au niveau de la reconnaissance des droits des peuples autochtones et leur rôle dans la préservation de la biodiversité ».

 

Puisque j’ai l’occasion de m’exprimer ici, je vais en profiter pour poser un point de problématique qui ne me semble pas encore clairement élucidé, et qui pourrait être l’objet d’une prochaine chronique :

La Guyane est-elle européenne ou est-elle amazonienne ? Les Guyanais (tous les Guyanais !) sont-ils l’objet d’une récupération colonialiste, ou sont-ils schizophrènes ? Pour formuler les choses autrement, la carte est-elle le territoire ?

Dans tous les cas, la lucidité amènera vers la conscientisation, mais… celle des colonisés ? celle des colonisateurs ?...

O.K.

   Retrouvez bientôt la prochaine chronique d'Olson sur Un Témoin en Guyane

 



30/08/2019
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