AU BRÉSIL, C'EST LA CRISE (3) - Un Témoin en Guyane, écrivain - le blog officiel

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AU BRÉSIL, C'EST LA CRISE (3)

21/06/2013

Le mouvement prend une tournure inédite :

O Deus Futebol prend du plomb dans l'aile

Source : l'excellent site de Benjamin Borghesio

http://www.borghesio.fr/

 

 

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C'est par centaines de milliers - par millions même - que les manifestants descendent pour ce qui ressemble de plus en plus à un printemps brésilien, d'autant plus qu'aucun de la trentaine de partis registrados n'est en mesure, pour le moment, de canaliser le mécontentement et le foisonnement d'idées nouvelles. Personne parmi les gens « sérieux » n'aurait imaginé que O Deus Futebol serait détrôné par le mécontentement social ; les jeunes footballeurs ont, eux, parfaitement compris les enjeux...

Ronaldinho : « l'hôpital, ça ne fait pas une coupe du Monde ».

Le vieux roi Pelé s'est définitivement sorti lui-même du jeu : « Nous allons oublier les manifestations et penser que la seleção est notre pays, notre sang ». Il a été pour ces paroles sifflé, hué, conspué.

 

2-copie-5.jpgLe Brésil n'avait pas organisé une Coupe du Monde depuis 1950, quand il perdit face à l'Uruguay au Maracana, engendrant un traumatisme national.

Au Brésil, le futebol n'est pas un sport. C'est un art, une religion. Beaucoup, dans le pays du foot roi espèrent une ambiance samba inégalable.

Mais la Coupe des Confédérations a commencé cette semaine, un peu comme une répétition générale en miniature du Mondial, et bien que l'on soit dans une dimension infiniment moindre, les gros défauts liés aux infrastructures basiques apparaissent : aéroports vétustes (souvent, à São Paulo, les avions attendent de trente minutes à une heure leur tour pour décoller), sous-capacité hôtelière catastrophique, transports chaotiques sur des routes en mauvais état, dans un ciel encombré et quasiment sans réseau ferré.

« Imagine pendant le Mondial! », rigolent (jaune) les Brésiliens à chaque fois que quelque chose ne fonctionne pas...

3-copie-4.jpgComme d'habitude des problèmes à répétition ont retardé quantité de travaux (grèves le plus souvent justifiées, malversations, corruption, etc.): quatre des six stades où se disputeront les matches de la Coupe des Confédérations ont été livrés à la Fifa en retard. La toiture du stade flambant neuf de Salvador s'est déchirée après de fortes pluies « en raison d'une erreur humaine » (??) le mois dernier.

Se déplacer dans ce sous-continent aux dimensions supérieures à toute l'Europe est un énorme défi. Dans les mégalopoles, les embouteillages peuvent atteindre jusqu'à 200 km, les routes sont en encore en très mauvais état même si d'année en année la situation s'améliore, les aéroports sont saturés, les trains de passagers sont inexistants.

Le transport aérien qui a explosé de plus de 120% au cours de la dernière décennie, quand 40 millions de Brésiliens ont rejoint la classe moyenne, mais la capacité aéroportuaire n'a augmenté dans le même temps que de 50% et l'INFRAERO pousse un cri d'alarme, concernant la vigilance aérienne.

Or c'est par là que vont transister pendant le Mondial trois millions de touristes brésiliens et un demi-million d'étrangers, dans les 12 villes hôtes du tournoi. (Pour la Coupe des Confédérations, on n'attend que 350.000 fans brésiliens et étrangers dans six villes, et des dysfonctionnements sont signalés).

Pour le Mondial, « sans une bonne planification, une bonne régulation et des encouragements aux investissements, cela va être un désastre », estime Gesner de Oliveira, expert en infrastructure de la Fondation Getulio Vargas.

Le Brésil qui a un énorme retard en ce domaine ne dépense que 2% de son PIB en infrastructures quand la Chine investit plus de 7% et l'UE, suréquipée, 2,5%.

Il ne suffit pas d'augmenter la capacité des aéroports s'ils « ne peuvent pas fonctionner de façon satisfaisante, s'il y a des files d'attente interminables, des retards dans l'envoi et l'arrivée des bagages », a admis récemment le ministre des Sports, Aldo Rebelo (on ajoutera les cris de détresse poussés par les policiers fédéraux qui se déclarent dans l'incapacité de gérer les flux migratoires de 2014 et 2016, avec leurs faibles moyens)

5.jpgIl y a également le problème de la sécurité : pour 194 millions d'habitants, le Brésil enregistre chaque année 40.000 homicides et les 12 villes du Mondial ont des niveaux de violence endémiques.

À Rio, ces dernières années, la reconquête progressive par la police de favelas contrôlées depuis 30 ans par les trafiquants de drogue améliore un peu la situation, mais le viol en réunion d'une jeune américaine dans un mini-bus à Copacabana, suivi de l'agression d'un touriste allemand grièvement blessé par balle dans la favela de Rocinha (qu'allait-il faire par-là ?), rappelle aux étrangers que la plus grande vigilance reste de mise.

Et pendant ce temps, du côté du futebol... Sepp Blatter qui n'a rien compris jette inconsciemment de l'huile sur le feu (Blatter, c'est le président de la FIFA qui a récemment déclaré qu'organiser de grands événements sportifs, c'était plus facile dans des dictatures). Il a estimé que le football serait plus fort que la contestation, accusant les manifestants d'opportunisme... ce qui fut repris sur les médias et ne réussit qu'à attiser les tensions. Une chose est sûre, c'est que les Brésiliens ne tolèrent pas qu'un gringo se mêle de leurs affaires et parle d'eux de cette manière.

On verra dans un an si le président de la FIFA aura eu raison : jusqu'ici lorsque c'était l'heure, la capacité de la grande compétition à escamoter le politique, à anesthésier les mouvements sociaux était intacte (le plan Réal qui stabilisa l'hyperinflation au prix de la mort du cruzeiro et d'une perte colossale de pouvoir d'achat ne put se dérouler que parce qu'il était concomitant de la Copa, opportunément gagnée par le Brésil contre l'Italie. Les événements actuels devraient pourtant l'inquiéter. Parce que si la Coupe du monde 2014 réunit les conditions d'une déflagration sans précédent pour le Brésil, pays du football, comme pour le football lui-même, tout sera possible, partout.

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Il reste au moins huit milliards de dollars à dépenser pour cette Coupe... Qui dit que ces manifestants n'imposeront pas qu'ils soient affectés ailleurs ? Et qui peut assurer que, effet de contagion aidant, les scandales rampants autour de cette FIFA n'exploseront pas dans la foulée ?

La Fifa prévoit au titre des recettes 4 milliards de dollars avec le Mondial-2014, dont 60% issus des droits télé et le gouvernement brésilien aura dépensé 15 milliards de dollars en investissements publics pour le Mondial.

 

D'après une étude du consultant Ernst&Young, ces investissements généreraient 70 milliards de dollars pour l'économie brésilienne. Dans ces conditions, pourquoi une quasi-récession sévit-elle ?

 



21/06/2013
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