Un Témoin en Guyane, écrivain - le blog officiel

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LES SOIXANTE-DIX ANS DE LA COMMUNE DE SAINT-LAURENT DU MARONI... la chronique d'Olson (8)

13/11/2019

 

 

 

Cet article prend sa place dans une suite de chroniques qui paraissent régulièrement sous la plume d'Olson Kwadjani, un jeune conteur-poète que j'ai invité à venir s'exprimer sur le site « Un Témoin en Guyane ».

 

Olson est un jeune Businenge possédant de la famille des deux côtés du Maroni. Il se déplace au gré de son courant de vie d'une rive à l'autre du fleuve et, par conséquent, il a toute légitimité pour se définir comme libasama, habitant du fleuve, transfrontalier.

 

Son regard affûté de jeune de moins de trente ans lui permet de poser un avis parfois dérangeant mais toujours pertinent sur l'actualité guyanaise et française. Gageons qu'il nous offrira une fois ou l'autre une réflexion sur l'actualité Surinamaise lorsqu'elle viendra interagir sur la vie du bassin du Maroni-Mawina.

 

 

 

LES SOIXANTE-DIX ANS DE LA COMMUNE DE

SAINT-LAURENT DU MARONI 

par Olson Kwadjani

  

 

Il aura fallu attendre...

 

Kwadjani 8a.jpgIl aura fallu attendre la fin, sinon l’oubli, des derniers mendiants blancs déambulant dans les rues de Saint-Laurent pour oser instaurer une commune de plein exercice sur les reliques du bagne.

 

 

Créée le 9 novembre 1949, il y a donc tout juste soixante-dix ans, Saint-Laurent du Maroni se vit dotée d’un maire élu dès l’année suivante (Joseph Symphorien, de 1950 à 1953) et d’un conseil municipal au sein duquel ne figurait d’ailleurs aucun ancien bagnard.

Kwadjani8b.jpegDepuis lors, comment ont évolué les perceptions d’une représentation démocratique légitime ? Comment gérer cette perception post-carcérale autrement qu’entre-soi, un entre-soi qui semble encore, soixante-dix ans plus tard, encore bien figé : le Conseil municipal arrive, de nos jours encore, rarement à être composé de plus d’un ou deux Français de souche guyano-surinamaise (autrement dit des gens originaires du bassin du Maroni), au-delà des habituels Métros auto-imposés et Guyanais créoles assimilés.
Voici donc une commune qui, selon les projections des démographes, risque fort d’être la principale agglomération de citoyens de Guyane d’ici une dizaine d’années, vraisemblablement 150 000 habitants, dont un bon tiers de voisins, notamment ces fameux Français de souche guyano-surinamaise qui ne parlent pas français. Pourquoi devrions-nous nous en étonner, alors que nous sommes entourés également de dizaines de milliers de Surinamais qui ne parlent pas hollandais.

Kwadjani 8c.jpgAlors, vive le pays réel ? Au-delà des nationalités, c’est le mawinatongo qui sert de liant aux unes et aux autres. Certains de ces ressortissants sont européens et peuvent voyager dans le monde entier en tant que tels, alors que les autres ne sont jamais que les citoyens de l’un des pays en bas de la liste de la Caricom ou du Mercosur.

Soixante-dix ans ? Bon anniversaire Saint-Laurent, adieu Kamalagıli, et adieu la commune pénitentiaire. Seule demeure Solan, toujours debout, toujours reconnue.

Mais que tout le monde se rassure, il n’est nul besoin de sortir sa carte d’identité pour pouvoir remplir son caddy à SuperU, ni de sortir sa carte d’électeur pour se faire soigner aux urgences d’un hôpital-vitrine d’un des meilleurs systèmes de santé au monde. C’est pourquoi les deux lieux les plus fréquentés spontanément sont (à part l’école, obligatoire pour les enfants et les jeunes), d’une part, le SuperU et, d’autre part, le SuperU(rgences) de l’hôpital.

Je ne saurais terminer cette chronique sans vous faire part d’un (beau) motif d’étonnement de ma part : parmi les jeunes nés autour de l’année 2000, lors de ces deux ou trois dernières années, un certain nombre est allé s’inscrire sur les listes électorales, afin de participer démocratiquement au devenir de cette commune qui sera bientôt la principale de Guyane. Il n’est donc pas stupide de penser que ces « nouveaux électeurs » décideront de choisir, parmi les édiles passés ou les élites nouvelles, une figure qui ne soit plus une caricature d’un(e) maire dépendant uniquement des subsides et des transferts de fonds depuis la « Métropole ».

 

Est-il bête de penser qu’après tout, une nouvelle population serait plus encline à prendre des responsabilités sur le « Pays réel », en combattant « contre » ceci ou « contre » cela, tout ce qui fait renoncement, et en gardant leurs « pour » pour un peu plus d’égalité ?... Après tout, devenir électeur d’une des communes d’un pays du Nord qui doit gérer des populations du Sud, N’est-ce pas également une prérogative génératrice d’excellence ?

O.K.   

 

Kwadjani 7b.jpg
 

Retrouvez bientôt la prochaine chronique d'Olson sur Un Témoin en Guyane


13/11/2019
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