Un Témoin en Guyane, écrivain - le blog officiel

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P0LICE COMMUNAUTAIRE AU MEXIQUE : UNE SOLUTION ?

05/05/2013

Agressions des paysans par les cartels, police corrompue, etc.

une réponse globale -et populaire- à de multiples questions

 

 

Au Mexique, dans certaines provinces, des villageois, paysans pour la plupart, sont victimes des bandits des cartels de narco-trafic et menacés d'expulsions par les compagnies minières internationales (leur sous-sol est en effet très riche). N'étant défendus ni par l'Etat, bien au contraire, ni par une police fédérale violente et corrompue, ils ont alors décidé de s'organiser pour se défendre en créant eux-mêmes leur propre police. Rien à voir avec une milice, c'est au contraire une structure organisée, placée sous le contrôle de tous, où le droit au dérapage n'est pas admis. De quoi faire rêver tous les démocrates du monde.

Le Témoin curieux a donc cherché à en savoir plus, vive le surf ! Sur Internet trois sites présentaient ce dispositif de manière intéressante et contextualisée :

http://www.lavoiedujaguar et http://blogs.mediapart.fr

Malheureusement ces deux-là comptent pour un seul car ils présentent mot pour mot le même article signé Jean-Pierre Petit-Gras, et le troisième :

http://www.frequences-latines.com

 

Policia-federal.JPG

 

 

 

Avant de lire la description suivante, synthèse des informations données par ces deux articles, je vous engage à aller prendre connaissance avec le régime de terreur qui règne au Mexique du Président Felipe Calderon, remplacé le 12 décembre dernier par Enrique Peña Nieto.

http://www.article11.info/?Mexique-La-paranoia-et-la-terreur

 

Dans les jolies régions du sud de l'état de Guerrero, la Montaña et la Costa Chica, de nombreuses communautés tlapanèques et mixtèques mènent depuis des temps immémoriaux (du moins pour notre mémoire d'occidentaux, courte et sélective) une vie tranquille. Elles cultivent le maïs, le haricot et la courge, qui leur assure une autonomie alimentaire bien maîtrisée, et un peu de café, pour couvrir les dépenses des familles et des collectivités. Quelques animaux de basse-cour, des chèvres et des moutons, des ânes, chevaux et mulets complètent l'ordinaire, ou aident aux transports vers le marché de San Luis Acatlán.

Mais, vers 1995, cette tranquillité a été brutalement remise en cause. Des agressions, attaques à main armée et viols se sont multipliées contre les habitants. La terreur dans ce petit paradis. Rapidement, deux éléments ont amené les communautés à prendre d'importantes mesures d'autodéfense. Le premier a été la passivité de la police officielle, dont le commandant allait jusqu'à réclamer de l'argent aux victimes des agressions pour « payer l'essence et pouvoir attraper les délinquants ». Ensuite, les indigènes ont constaté que les individus qui les attaquaient et rançonnaient étaient de mèche avec les gros éleveurs de la région, les caciques et autres gros bonnets.

Après une série de réunions et débats, les habitants ont pris une décision forte, celle de créer leur propre police. Désignés par l'assemblée de chaque village, ces policiers communautaires effectuent leur service pendant une période de trois ans. Ils ne sont pas rémunérés (mais on aide leur famille pour les travaux des champs), et demeurent sous le contrôle de la population, tenus d'exercer leurs fonctions d'une manière irréprochable. Dans le cas contraire, ils sont immédiatement révoqués.

Très rapidement opérationnelle, la Policía Comunitaria a commencé à effectuer des arrestations. Les bandits qu'elle interpellait étaient remis à la justice officielle. Mais le juge, arguant que cette police n'était pas légale, et que les preuves qu'elle fournissait n'avaient pas de valeur, les remettait en liberté. (La voie du Jaguar + Mediapart)

 

arton1032-ae3e6.jpgLes personnes touchées par le problème d'insécurité et coupées de leurs droits fondamentaux, aidées par des organisations sociales et par l'Église locale, ont décidé de former des assemblés populaires pour tenter de remédier à ce problème. Trois grandes assemblées ont eut lieu en 1995.

Il a donc été décidé de créer la Police Communautaire, intégrée par des volontaires sans salaire, pour parcourir les chemins oú avaient lieu les délits et, dans le cas nécessaire, arrêter les délinquants pour les mettre à la disposition de l'autorité.

Avec la présence de la Police Communautaire, la délinquance a diminué de manière considérable. Cependant le problème n'a pas pu être éradiqué du fait que l'inefficacité et la corruption des autorités, chargées d'appliquer et d'administrer la justice, a été davantage mise en évidence. Pour cette raison en 1998 nous avons décidé de nous doter de nos propres autorités régionales pour la procuration et l'application de la justice ( CRAC).

Les personnes qui sont jugées par la Coordination Régionale réparent leur faute en effectuant du travail social en faveur des communautés intégrées dans le système. Les condamnés travaillent 15 jours dans une communauté et après ils sont transférés dans une autre communauté. Ceci jusqu'à ce qu?ils finissent la durée de travail qui leur a été consignée. Dans les communautés ils sont surveillés par la Police Communautaire, nourris par la communauté et la population est principalement chargée de la rééducation, c'est à dire de discuter avec eux pour les emmener á réfléchir sur leur conduite. Ce processus vise la réintégration des individus dans une société qui apprend à accepter ceux qui ont échoué. La présence publique des condamnés est un exemple pour inviter les autres à ne pas commettre les mêmes erreurs et à fortifier dans leur conscience l'idée qu'il existe une autorité compétente et une justice effective. La rééducation est un élément nouveau qui date depuis 1998, lorsque nous avons décidé de ne plus remettre les délinquants au Ministère Public. (Fréquences latines)

Cette police et le système de justice de la CRAC ont obtenu des résultats impressionnants, faisant pratiquement disparaître la délinquance dans toute la région. Les quelques communautés impliquées au début sont aujourd'hui plus de 80, et une soixantaine sont candidates à leur incorporation. Mais, pour le pouvoir officiel, au niveau de la municipalité de San Luis Acatlán comme de l'Etat du Guerrero, ou du gouvernement fédéral, tout cela est illégal. À plusieurs reprises, l'armée a tenté de désarmer la Policía Comunitaria. Les indigènes ont pourtant offert, à maintes reprises, de recevoir et dialoguer avec ces autorités, afin de de faire valoir leurs raisons.

manta-new-gold.jpgCes derniers mois, l'offensive de l'Etat contre la CRAC a pris un nouveau tournant. Il faut dire que, en raison de la richesse de son sous-sol, la région intéresse de grosses entreprises minières. Et la CRAC, fidèle à ses engagements, a solennellement affirmé qu'elle soutiendrait les communautés dans leur opposition à tout projet d'expropriation et de destruction sur leur territoire. Des groupes de trafiquants et des bandes armées ont fait leur apparition, tentant de réintroduire l'insécurité. Selon Abel Barrera, directeur du Centre des Droits Humains de la Montaña, Tlachinollan, ces bandes sont soutenues, en sous-main, par le gouverneur Aguirre. Des menaces de mort ont été adressées aux autorités communautaires. Et puis, dernier échelon dans l'actuelle escalade, Máximo Tranquilino Santiago, l'un des coordinateurs régionaux de la CRAC, a été arrêté la semaine dernière par la police ministérielle. L'ordre émanait du juge du ministère public. Máximo Tranquilino et les autres coordinateurs sont accusés de « détention illégale » contre un individu accusé de meurtre, et qui purge actuellement une peine dans le cadre de la justice communautaire.

 

En réponse à cette arrestation, la police communautaire a procédé à celle du juge et de trois fonctionnaires et agents du tribunal, expliquant que ceux-ci n'ont pas respecté le système de justice communautaire, et violé les droits des peuples premiers de l'état du Guerrero.

800 membres de la Policía Comunitaria sont mobilisés, prêts à défendre ces droits.

 

Angel Aguirre Rivero, le gouverneur du Guerrero, appartient au PRI, le parti du nouveau président fédéral, Enrique Peña Nieto. Ce parti corrompu qui, de la fin des années 1920 à l'an 2000, a opprimé, torturé et massacré les populations du Mexique, vendant ses immenses richesses au plus offrant. Après l'intermède -lui aussi désastreux- des deux sexennats de Vicente Fox et Felipe Calderón, les assassins de la Place des Trois Cultures (en octobre 1968), ceux d'Aguas Blancas (juin 1995) et d'Acteal (décembre 1997) sont de retour, espérant qu'on les a oubliés. « Vous ne nous connaissez pas, attendez et vous verrez... » a dit Peña Nieto, responsable direct en 2006 de la terrible répression contre le village de San Salvador Atenco. (La voie du Jaguar + Mediapart). Cette déclaration du (encore) nouveau président mexicain ne sonne-t-elle pas comme une menace ? (NdTémoin)

Après 16 ans de lutte pour consolider un système de justice adapté aux besoins, aux usages et aux coutumes des peuples indigènes de la montagne et de la « Costa Chica » de Guerrero au Mexique, la Coordination Régionale des Autorités Communautaires- Police Communautaire (CRAC-PC) est confrontée à de nouveaux défis : la menace de nouveaux projets miniers et la traque de l'Etat. Cependant, elle fortifie son organisation et elle propose de nouvelles options pour le peuple centrées dans l'éducation et le développement de projets productifs.


Pour plus d'informations visitez le site web de la CRAC-PC. Une version en français est disponible. Vous pouvez aussi visiter le site de l?Agence de Communication indépendante Subversiones qui a fait un grand travail de recherche et de journalisme sur le sujet. Vous pouvez également visionner l'excellent documentaire diffusé samedi soir par Arte dans "Arte Reportages" en vous connectant sur Arte+7 (attention, c'est en dernière partie d'émission, il faut avancer jusqu'à 41 mn).

 

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Crédit photographique Paris-Match (?)

 



05/05/2013
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